Maria Goeppert-Mayer

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Née Maria Gertrud Käte Goeppert le à Katowice, ville du Royaume de Prusse à l’époque, et morte le à San Diego en Californie, elle est une physicienne germano-américaine. Elle devient la deuxième femme de l’histoire, après Marie Curie en 1903, à être récompensé du prix Nobel de physique en 1963. Il faudra attendre 55 ans pour une autre femme, Donna Strickland, obtienne ce prix Nobel.

En 1929, étudiante en doctorat à l’université de Göttingen, elle démontre théoriquement l’existence de l’absorption à deux photons (ADP), alors que la première mise en évidence expérimentale de l’ADP n’aura lieu que trente ans plus tard avec l’invention des lasers. De nombreuses applications ont été développées à partir du principe de l’ADP, telles que la limitation optique, le stockage optique 3-D de l’information, l’imagerie médicale, la micro-fabrication et la photochimiothérapie. Son nom a été donné à une unité de mesure de l’efficacité d’absorption, le Goeppert-Mayer, « GM ».

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En 1935, après avoir suivi son mari aux États-Unis à l’Université Johns-Hopkins, elle ne peut occuper qu’un poste d’assistante sans salaire. Elle publie un article historique sur la double désintégration bêta. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle rejoint le projet Manhattan et collabore avec Edward Teller, physicien nucléaire hongro-américain. Le projet Manhattan est le nom de code du projet de recherche qui créa la première bombe atomique durant la Seconde Guerre mondiale, mené par les États-Unis le Royaume-Uni et le Canada.

Elle travaille par la suite à l’Université de Chicago. Elle y développe le modèle en couches qui lui vaudra plus tard d’être lauréate avec Hans Daniel Jensen du prix Nobel de physique de 1963 « pour leurs découvertes à propos de la structure en couches du noyau atomique ».

En 1960, elle obtient un poste de professeur à l’Université de Californie à San Diego. Bien qu’elle souffre d’un AVC peu après son arrivée, elle continue à enseigner et poursuit ses recherches pendant plusieurs années.

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Le 20 février 1972, elle décède à San Diego des suites d’une crise cardiaque survenue l’année précédente, l’ayant laissée dans le coma. Elle est enterrée à El Camino Memorial Park à San Diego.

Elle est inscrite au National Women’s Hall of Fame. Fondé en 1969 à Seneca Falls dans l’État de New York, il honore et perpétue la mémoire des citoyennes américaines qui se sont particulièrement illustrées dans le domaine des arts, des humanités*, des sciences, de la politique, des affaires ou du sport. C’est à Seneca Falls que se tint les 19 et 20 juillet 1848 la première convention pour les droits des femmes aux États-Unis. Son nom a été également donné à l’un des cratères de Vénus, dont la liste recense les cratères connus de la planète ainsi que leurs noms. Une plaque commémorative en son honneur a été aussi apposée à Katowice.

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*Le terme humanités a longtemps distingué les collèges dispensant la première partie de l’enseignement des arts libéraux de la faculté des arts de l’Université. Il existait sept arts libéraux. Ils désignaient une grande part de la matière de l’enseignement concernant les lettres latines et les sciences des écoles de second niveau de l’Antiquité, se poursuivant sous plusieurs formes au Moyen Âge. Ces collèges d’humanités étaient pourvus de trois ou quatre classes de grammaire, de deux classes d’humanité et de rhétorique. Du Moyen-Âge à la Révolution française, ils étaient l’équivalent de notre enseignement secondaire actuel et préparaient à l’entrée dans l’une des trois autres facultés de l’Université, droit, médecine et théologie. Par la suite, les Humanités ont continué à qualifier les disciplines traitant des langues et de la littérature ancienne, c’est-à-dire essentiellement le latin et le grec ancien. Aujourd’hui les Humanités déterminent un champ disciplinaire plus large, contenant les Lettres et une partie des Sciences humaines et sociales. L’évolution de sens est emprunt de l’anglais Humanities, mais elle est aussi la conséquence des grands débats pédagogiques qui ont accompagné la marginalisation du grec et du latin par de nouvelles matières (français, sciences, langues étrangères, etc.), débats concrétisés en France par la réforme des lycées de 1902.

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Donna Strickland, prix Nobel de physique 2018

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Donna Theo Strickland, née le 27 mai 1959 à Guelph, province de l’Ontario au Canada, est une physicienne canadienne pionnière dans le domaine des lasers. Professeure adjointe au département de physique et d’astronomie de l’Université de Waterloo depuis 1997. Présidente de The Optical Society (1) depuis 2013.

Ce 2 octobre 2018, le prix Nobel de physique a été décerné à l’Américain Arthur Ashkin, au Français Gérard Mouru et à Donna Strickland par l’Académie royale des sciences de Suède pour leurs travaux sur la physique des lasers.

Elle est ainsi devenue la 3e femme seulement de l’Histoire à obtenir ce prix Nobel, après la Française Marie Curie en 1903 (laquelle reçut aussi le prix Nobel de Chimie en 1911) et la Germano-américaine Maria Goeppert-Mayer en 1963.

Depuis 1901, 112 prix ont été attribués par le jury suédois n’ayant ainsi promu qu’une femme par demi-siècle dans cette discipline.

Donna Strickland

« Trois, c’est tout vraiment ?! », a-t-elle demandé de loin à l’Académie royale des sciences. « Je pensais qu’il pouvait y en avoir eu plus […] Dès que j’en ai l’occasion, je parle souvent de la dernière femme à avoir remporté un prix Nobel », a-t-elle par la suite expliqué lors d’une conférence de presse à l’Université de Waterloo, où elle enseigne. « Et tout d’abord, je dois admettre, désolée, que je l’avais en fait appelée ‘il’ dans ma thèse. Quelqu’un qui a lu ma thèse m’a dit ‘honte à toi, Donna’, alors j’ai changé et mis ‘elle’ […] Je connaissais son travail, mais je ne savais pas que c’était une ‘elle' », a-t-elle ensuite précisé.

Il s’agit de Maria Goeppert-Mayer qui découvrit en 1939 « qu’un atome pouvait absorber deux photons », a rappelé Donna Strickland. « C’est une femme qui a pensé à ça et changé notre façon de faire de la science. Et pourtant elle a seulement suivi son mari de poste en poste […] Il est devenu professeur, est monté en grade et a travaillé comme chimiste à l’université. Elle avait le droit d’enseigner si elle le souhaitait, elle pouvait avoir un bureau, mais pas elle… elle n’a pas été payée avant les années 1950 […] Donc évidemment, les femmes ont fait beaucoup de chemin », a-t-elle ajouté.

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Dans le passé, peu de femmes travaillaient dans la recherche en sciences dures. Or, une démographie a évolué et la communauté scientifique doit en tenir compte aujourd’hui. « Il y a des femmes qui font de l’excellente recherche dans toutes sortes de disciplines […] L’excuse ‘oh, on n’a pas trouvé de femmes’ ne tient plus », a déclaré auprès de l’AFP Roisin Owens, une biochimiste de l’Université de Cambridge.

Jessica Wade, une chercheuse en physique à l’Imperial College de Londres, ne supportant plus de constater les femmes scientifiques rester dans l’ombre, décida en 2017 d’insérer à l’encyclopédie en ligne Wikipédia les biographies de 270 chercheuses. Même si elle note des progrès des professions scientifiques vers l’égalité hommes-femmes, notamment « des mesures pour soutenir les femmes à leur retour de congé maternité, le partage du congé parental, des politiques contre le harcèlement sexuel », en revanche, elle remarque « une frange croissante de la société, où, de façon inquiétante, les hommes politiques et les réseaux sociaux laissent se propager des visions surannées et sexistes des femmes ». D’ailleurs, pas plus tard que le 28 septembre dernier lors de l’atelier « Théorie des hautes énergies et genre », organisé par le Comité Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN), à Genève, Alessandro Strumia, Professeur de physique fondamentale à l’Université de Pise en Italie, y a tenu des propos sexistes « particulièrement choquants », en ayant affirmé que la physique était une science « inventée et construite par les hommes ». Ce qui lui a valu une mise à l’écart par le CERN.

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Peu de femmes sont également proposées pour le Nobel, malgré la volonté de l’Académie suédoise décernant le prix Nobel à encourager les gens à nominer des femmes « parce que nous ne voulons passer à côté de personne », tel qu’elle l’a indiqué. « Les récompenses engendrent les récompenses… un moyen important de promouvoir les physiciennes est de s’assurer de les nommer », a spécifié Jennifer Curtis, Professeure associée de physique au Georgia Institute of Technology. Parmi ces candidates susceptibles d’être récompensées, la radiochimiste américaine Dawn Shaughnessy ayant découvert 5 éléments du tableau périodique qui n’a pas été encore officiellement honorée d’un Nobel.

Mais aussi, les femmes scientifiques seraient moins enclines à se porter candidates que leurs homologues masculins. La raison est que les Nobel sont pour gratifier des efforts individuels plus que collectifs, d’où si peu de femmes lauréates. « Mon sentiment est que les femmes travaillent pour le bien commun et peuvent souvent sacrifier leur carrière individuelle pour faire avancer la communauté », considère Roisin Owens. En exemple, Jocelyn Bell Burnell, l’une des plus grandes astrophysiciennes du monde ayant participé à découvrir les pulsars, a annoncé en septembre 2018 qu’elle faisait don des 3 millions de dollars reçus avec le prix prestigieux Breakthrough prize en physique fondamentale afin d’aider les groupes sous-représentés à se lancer dans la physique.

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(1) The Optical Society, anciennement Optical Society of America (OSA), est une société savante d’optique fondée en 1916, dont le but est l’avancée du domaine de l’optique et de la photonique (2), de l’étude de la lumière et de ses propriétés, à travers l’organisation de symposiums, de publications, de bourses et de prix. Elle est considérée, avec The Society of Photo-Optical Instrumentation Engineers (SPIE, société internationale à but non lucratif fondée en 1955 ayant pour but la diffusion des connaissances en optique, photonique et imagerie), comme la plus grande société savante internationale de professionnels sur le sujet l’optique et de la photonique.

(2) La photonique est une branche de la physique concernant l’étude et la fabrication de composants permettant la génération, la transmission, le traitement, soit la modulation, amplification, ou la conversion de signaux optiques. Elle étudie sans faire de distinction les photons comme onde ou corpuscule, dans une approche classique ou quantique. Son domaine d’étude couvre l’ensemble du spectre lumineux du Térahertz aux rayons X. Ses composants étudiés sont notamment les lasers, les diodes électroluminescentes, les fibres optiques, les modulateurs optiques, les amplificateurs optiques ou encore les cristaux photoniques, les lentilles, les prismes et les réseaux. Son secteur d’activité possède de nombreuses applications industrielles et de recherche, dont il fait également l’objet d’un soutien spécifique au niveau européen.