Yémen : 11 millions d’enfants luttent pour leur survie

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Depuis 2014, le Yémen est au centre d’un violent conflit entre des rebelles chiites Houtis (utilisant des enfants soldats depuis au moins 2009) et la coalition de pays arabes menée par son voisin l’Arabie Saoudite.

Henrietta H. Fore, haut fonctionnaire et diplomate américaine, en fonction depuis le 1er janvier 2018 au poste de directrice générale de l’UNICEF, s’est rendue récemment dans ce pays. Le constat sur les conditions de vie des enfants yéménites qu’elle a établi est sans nom. De retour d’une visite de 4 jours, elle a tenu une conférence de presse sur le sujet.

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11 millions d’enfants yéménites, plus que « la population totale de la Suisse » luttent pour leur survie. « Déscolarisés, contraints de se battre, mariés de force, affamés, victimes de maladies évitables », comme le choléra qui ravage le pays depuis le début du conflit, les enfants sont frappés de plein fouet par la situation apocalyptique du pays.

En décembre 2017, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) avait fait état sur son compte Twitter d’1 million de Yéménites qui souffrait du choléra, une maladie pouvant être pourtant évitée par un simple vaccin. Cette affection touche plus particulièrement les enfants et les individus fragilisés vivant dans des conditions d’hygiène lamentables, consommant de l’eau ou des aliments contaminés. Ce qui est malheureusement le cas en période de guerre.

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Ces enfants privés de tout vivent l’enfer. L’UNICEF avait d’ailleurs rapporté que depuis 2015, au moins 2 200 d’entre eux seraient morts et 3 400 blessés. Ces chiffres seraient loin de correspondre à la réalité, ils pourraient être plus élevés.

Henrietta H. Fore a raconté l’état psychologique et physique dans lequel se trouvaient les enfants qu’elle a rencontrés. Dans un centre de soutien psychologique et social venant en aide à ceux qui ont dû fuir Al-Hodeïda (la 4e plus grande ville du Yémen située sur la mer Rouge et ville portuaire importante du pays), ayant essuyé une terrible offensive en juin dernier, elle a discuté avec une petite fille. Celle-ci lui a montré un dessin représentant le monde dans lequel elle espérait vivre ; une petite fille aux vêtements propres assise dans un parc avec une amie sous le soleil. Un dessin d’évasion du quotidien de la fillette fait de bombardements, de déplacements et de peur.

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Dans les salles de soins de Sanaa, capitale du pays, elle a vu « un enfant de 8 mois peser le même poids qu’un nouveau-né […] des bébés minuscules lutter pour respirer dans leur couveuse […] parmi eux se trouvaient des jumeaux siamois dont la vie était suspendue à une opération qu’ils ne pouvaient obtenir au Yémen ».

Ne suscitant pas trop l’intérêt général, dont le regard du monde s’est détourné d’eux, ces enfants au cœur d’une guerre oubliée seront encore nombreux à mourir dans ce pays à feu et à sang.

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Yémen : épidémie de choléra

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Photo d’Abduljabbar Zeyad / Reuters – 9 septembre 2016

Après une première épidémie de choléra l’année dernière, celle-ci est revenue au Yémen depuis avril dernier. Ce pays comptant 27 millions d’habitants très pauvres est déchiré par une guerre qui a débuté en 2014.

Cette guerre oppose le gouvernement actuel soutenu par une coalition arabe dirigée par l’Arabie Saoudite aux rebelles Houthis, alliés aux fidèles de l’armée de l’ancien Président Ali Abdallah Saleh et accusés de lien avec l’Iran.

Ce conflit complique non seulement les livraisons de médicaments ainsi que la venue de l’aide humanitaire internationale, mais prive également des millions de Yéménites d’eau potable, dont ce facteur favorise bien évidemment la propagation du choléra.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de cas de choléra a dépassé le demi-million. L’épidémie a déjà provoqué la mort d’environ 2 000 personnes depuis fin avril. Selon l’ONU, 503 484 cas suspects et 1 975 décès ont été enregistrés dans le pays. Plus du quart des morts ainsi que plus de 41 malades sont des enfants.

Bien que selon les derniers relevés de l’OMS l’épidémie semble être en régression depuis juillet, elle continue de toucher près de 5 000 personnes par jour.

Le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus a rapporté dans un communiqué : « Le personnel de santé au Yémen travaille dans des conditions impossibles. Des milliers de personnes sont malades, mais il n’y a pas suffisamment d’hôpitaux, de médicaments, d’eau potable. » Il a de même appelé les parties concernées au conflit de trouver d’urgence une véritable solution politique, en déclarant : « Les Yéménites ne peuvent plus supporter cette situation plus longtemps. Ils ont besoin de paix pour reconstruire leur vie et leur pays. »

Il est aussi estimé que plus de 99 % des individus souffrant de choléra peuvent survivre à condition d’avoir accès aux services de santé. Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour plus de 15 millions de Yéménites qui n’ont même pas accès aux soins de base.

En parallèle, cette guerre a déjà causé plus de 8 300 morts au Yémen depuis mars 2015.

Enfin, je vous invite à lire ce texte poignant écrit par Shireen Al-Adeimi (@ shireen818) et publié sur Twitter le 11 août dernier : « La guerre au Yémen n’est-elle rien d’autre qu’un spectacle sportif ? »