Afghanistan : les femmes sans nom

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En Afghanistan, les femmes ne sont jamais appelées par leur prénom. Elles sont la « fille de », « femme de » ou « sœur de ».

Thomson Reuters Foundation a alors décidé de lancer une campagne #WhereIsMyName sur les réseaux sociaux afin que les Afghanes obtiennent le droit à leur identité.

« L’identité des femmes n’est même pas mentionnée à leurs funérailles, ni sur l’avis de décès, ni sur leur tombe, elles restent inidentifiables, même après la mort. », tel que l’a déclaré une militante à la BBC.

Quant à l’activiste et écrivain Bahar Sahaili, qui s’est jointe aussi à cette campagne, elle a précisé au journal Marianne : « Les femmes sont considérées comme le deuxième sexe et la propriété des hommes. Nous essayons de prendre en main nos identités et de les libérer. […] Notre pépiniériste me désigne toujours par le nom de mon fils. Il m’appelle « la mère de Samuel ». En public, on nous appelle « celles aux cheveux noirs », « les faibles » ou « tante », quel que soit notre âge ».

La première revendication de cette campagne est de demander au gouvernement qu’il autorise l’inscription du nom de la mère sur les nouvelles cartes d’identité électroniques, jusqu’alors invisible.

À cela, un porte-parole de la Cour suprême à Kaboul a répondu que pour l’instant « les gens de la culture afghane n’étaient pas prêts pour cette étape moderne. Cela pourrait générer un tumulte gênant. »

Sans commentaire…

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Afghanistan : le « bacha bazi »

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Le « bacha bazi », signifiant littéralement en dialecte afghan « jouer avec les garçons », est une tradition qui perdure depuis des siècles pour symboliser un statut social. Un homme fortuné ou puissant (policiers, hommes d’affaires, politiciens, etc.) possède un garçon de 10 à 18 ans qu’il maquille, déguise en fille, puis abuse sexuellement.

Ces enfants sont enlevés à leur famille pauvre ou vendus à des hommes riches ou de pouvoir pour des divertissements sous forme de danse et des activités sexuelles. Maquillés, habillés en fille et drogués aux opiacés, ils deviennent de véritables jouets sexuels au cours de soirées entre hommes. Invités et hôtes abusent ainsi d’eux comme bon leur semble et pour une durée pouvant aller jusqu’à plusieurs années.

Une enquête de plusieurs semaines menée par l’AFP en 2016 sur 13 familles de garçons enlevés dans les provinces du Helmand, d’Uruzgan et Baghlan a remis en lumière cette pratique, s’étendant de plus en plus au sein de la police. Le porte-parole du gouverneur d’Uruzgan a d’ailleurs admis qu’il y avait un garçon dans presque chaque point de contrôle de la police. Il a également exprimé sa crainte, en cas de tentative de secours de ces enfants, de déclencher la colère des policiers qui abandonneraient alors leur poste et risqueraient d’ouvrir la porte aux Talibans.

Bien que la pratique soit illégale en vertu de la loi afghane, étant « à la fois contre la charia et le code civil », les lois sont rarement appliquées contre les délinquants puissants.

Mais aussi, vivant parfois dans des territoires isolés comme accablées par le chagrin et la honte, les familles ainsi que les victimes se murent dans le silence. Le père d’un garçon rescapé a d’ailleurs déclaré au sujet de son fils : « Ses cicatrices vont mettre du temps à guérir […] Il est comme un mort-vivant […] Incapable de mettre des mots sur son calvaire, il ne parvient pas à reprendre goût à la vie. »