Au Népal, les règles au placard !

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Dans le style des traditions complètement aberrantes, celle-ci a largement sa place sur le podium !

Au Népal, une tradition soumet les femmes à s’isoler dans un abri, le plus souvent vétuste, durant leur cycle menstruel ou après avoir enfanter, car elles sont considérées impures !

Malgré que cette tradition soit officiellement interdite, elle a encore cours dans les régions rurales de l’Ouest du pays.

Coupées du monde et de leur famille, les femmes pendant leurs règles doivent se mettre à l’écart dans des étables ou des abris de fortune, sans éclairage. Non seulement, elles sont privées de tout lien social durant plusieurs jours mais, en plus, elles ne peuvent ni se rendre chez elle pour y prendre de quoi se nourrir, ni manger la même nourriture que la famille, pire, elles sont interdites de se laver et d’utiliser les toilettes de la maison ! Parce que selon les superstitions enracinées dans ces lieux les plus reculés du Népal, elles risqueraient de porter malheur à leur famille, d’être possédées ou encore punies par les dieux qui n’approuvent pas leur « état » !

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Ce bannissement qui suit une tradition appelée « Chhaupadi », signifiant « Intouchable », dans le sens de « souillée », estimant alors que les menstruations et la naissance sont synonymes d’impureté, est pourtant interdite depuis 2005 au Népal. Et cette tradition d’exclusion est à nouveau dénoncée au niveau national, relatif au projet de lutte contre les violences faites aux femmes de 2010. Malheureusement, cette coutume touche 95% des Népalaises dans les zones rurales de l’Ouest où elle prévaut sur la loi.

Ainsi, dans le reportage réalisé par The Guardian, l’une des femmes, Gita Rokaya, à déclaré : « Nous ne voulons pas vivre ainsi mais les dieux ne toléreraient pas que l’on fasse autrement. »

De plus, cette coutume irrationnelle a des conséquences très graves, puisque l’une d’entre elles, Laxmi Raut, a perdu son nouveau-né suite à cet isolement. Cette dernière a d’ailleurs expliqué : « Après la mort de mon enfant, ma vision de Chhaupadi a changé […] On devrait rester à la maison quand on a ses règles. » Une autre femme, Safalta Rokaya, a témoigné sur sa crainte lorsqu’elle a annoncé à ses parents qu’elle avait ses règles : « J’avais peur car cela signifiait que j’allais devoir rester dans l’étable. C’est horrible ici. La bouse des vaches pue et les animaux nous marchent dessus. Il y a plein d’insectes qui peuvent nous rendre malade. Et la nuit, des hommes viennent pour essayer de profiter de nous. »

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Quant au shaman de ce village, il a affirmé que les femmes sont « plus heureuses » dans les étables et les hommes qui viennent les voir le font uniquement dans l’espoir de les séduire et les épouser ensuite, tel qu’il a révélé au journal : « Cette pratique ne peut pas être abolie, c’est impossible […] Nous devons faire avec et avoir des pièces isolées. »

Bah, voyons !

Cela dit, heureusement, tous les hommes ne partagent pas cet avis et désirent se détacher de cette tradition absurde qui met la vie de leurs femmes et filles en danger, à la manière dont l’a exprimé le mari de Gita qui n’a jamais soutenu cette coutume mais qui a dû s’y soumettre en raison de la pression sociale : « Je ne veux pas que ma fille suive le Chhaupadi, c’est inhumain. J’espère qu’elle n’aura pas à le faire. »

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Enfin, plusieurs ONG, dont l’ONU Femmes, ont créé des programmes afin d’informer les femmes de leurs droits et assurer une éducation sexuelle ainsi que pour rappeler à l’égalité chez les adolescents.

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Urmila Chaudhary

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Urmila Chaudhary est une jeune Népalaise de 26 ans, ambassadrice de l’ONG Plan International et militante pour l’éducation des filles.

Échangée par sa famille contre 25 euros lors du Maghi, Jour de l’An célébré le 15 janvier, à l’âge de 6 ans, elle devient une Kamalari, domestique, travaillant pour le compte d’une famille riche népalaise et pour une durée indéterminée, tout comme sa grand-mère, sa mère et ses sœurs avant elle. Vendre son enfant, pendant cette période de l’année est une tradition chez le peuple Tharu, une ethnie très pauvre, dont elle est issue.

À cet effet, Urmila déclare : « Ils viennent à la recherche de petites filles, entre 8 et 14 ans, mais pas plus car il faut qu’elles soient obéissantes. » Puis, ajoute, suite au désaccord immédiat de son frère : « L’homme a été très malin. Il a promis que j’irai à l’école avec ses enfants, mais c’était une simple promesse verbale. »

Dans cette famille, seule domestique, elle doit s’occuper de toute la maison. À ce sujet, elle explique : « Je me levais à 5 heures du matin, je devais aller chercher de l’eau, je cuisinais, je nettoyais, j’emmenais les enfants à l’école… Je faisais tout et je n’avais pas le temps de me reposer. Généralement, je finissais ma journée vers 11 heures du soir. » Quant à la nuit, Urmila dort dans la chambre de la grand-mère sur le sol avec une simple couverture. Elle est également interdite de manger les repas qu’elle prépare ainsi que de s’asseoir. Elle reste 8 ans dans cette famille durant lesquels elle ne verra que ses parents deux fois. « Il n’y avait personne pour me rassurer quand ça n’allait pas. Personne pour me prendre dans ses bras. Ce qui me manquait aussi, c’était de ne pas pouvoir jouer avec les enfants, m’amuser. Tout ce que je faisais, c’était ramasser leurs jouets. », dit-elle.

À l’âge de 14 ans, elle est transférée dans une autre maison, dans laquelle vit seule une politicienne. Elle n’a pas le droit de parler, de sortir de la propriété, de regarder le journal et doit se plier à la moindre volonté de sa maîtresse qui la bat.

Retrouvée ensuite par son frère et aidée par l’ONG Plan International et les ONG locales, elle recouvre enfin sa liberté à l’âge de 17 ans. Privée d’éducation durant tout ce temps, après plus de 12 ans d’esclavage, Urmila retourne à l’école et rejoint la lutte contre le système des Kamalari afin d’aider d’autres jeunes filles à regagner leur liberté. Quelques années plus tard, elle reçoit le Prix pour l’éducation de la jeunesse et le courage de l’ONU et devient présidente du Freed Kamlari Development Forum (FKDF), organisation à but non lucratif fondée en 2010 par la Nepal Youth Foundation (NYF), basée aux États-Unis, accueillant d’anciennes esclaves afin de leur fournir une éducation et des possibilités pour devenir autonomes et aidant les autorités à repérer celles qui sont encore exploitées.

Grâce aux actions locales des associations et de l’ONG Plan International, 3 700 filles ont été libérées depuis 2006, mais elles sont encore entre 12 000 et 13 000 Kamalari dans le pays, malgré la déclaration du gouvernement sur ce système illégal.

Urmila poursuit donc son combat au Népal et ailleurs en prenant son rôle d’ambassadrice très au sérieux. Elle projette aussi de devenir avocate. Sur ce point, elle déclare : « Si je n’étais pas allée à l’école, je ne serais pas là. Je veux changer les choses, pour moi mais aussi pour les autres. L’éducation est primordiale. » Étudiante très studieuse, elle emporte avec elle ses livres partout car « Ils m’apportent de nouvelles connaissances ! », souligne-t-elle avec enthousiasme.

Lucide de la pauvreté qui représente un obstacle majeur dans d’innombrables régions du monde, elle sollicite les jeunes filles de ne pas se laisser prendre dans cette tourmente et « de ne pas perdre leur cœur car elles peuvent aller loin et elles trouveront de bons emplois où elles veulent après. », puis présente fièrement le prospectus du FKDF en concluant : « Vous voyez la jeune fille sur cette photo ? C’était une Kamalari. Elle est retournée à l’école après avoir été libérée et aujourd’hui, c’est elle qui enseigne aux élèves que nous aidons. »

Alors que tant de jeunes chez nous ont un taux élevé d’absentéisme à l’école, rechignent à accomplir certaines petites tâches ménagères, se plaignent parfois de ne pas pouvoir sortir avec un copain ou une copine quand ils le veulent ou pleurnichent sur la difficulté de certains de leurs devoirs scolaires, Urmila nous donne au travers de son histoire et de son combat une bonne leçon de courage dont ces jeunes devraient s’inspirer.