Les grid girls sur la touche

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Le nouveau propriétaire de la Formule 1, Liberty Média, a annoncé la fin d’une tradition le 31 janvier dernier.

Les courses de F1 se passeront désormais des grid girls, ces jeunes femmes choisies pour tenir le drapeau ou l’ombrelle d’un pilote de course automobile sur la grille du départ.

Ceci prendra effet dès le Grand Prix de la saison 2018 en Australie, fin mars.

Le directeur commercial de la F1, Sean Bratches, a déclaré dans un communiqué :  « Cette tradition ne correspond pas aux valeurs défendues par notre marque et est clairement en contradiction avec les normes sociétales actuelles. Nous ne pensons pas que cette tradition soit appropriée ou en accord avec la F1 et ses fans. »

Cette discipline de course automobile considérée comme la catégorie reine des sports automobiles remplacera dorénavant les grid girls par des invités de marque, artistes ou encore des traditions et produits locaux.

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Cette décision a fait suite au mouvement MeToo de libération de la parole des femmes face aux violences sexistes ainsi que quelques jours après l’initiative de l’organisation professionnelle de fléchettes du Royaume-Uni de se séparer de ses propres hôtesses.

D’ailleurs la question de conserver ou pas la tradition des grid girls s’était déjà posée l’an passé. Un débat avait eu lieu entre les personnes désireuses de respecter cette tradition et celles estimant qu’elle était dépassée.

La question a donc été tranchée.

Si certains se félicitent de cette décision en encourageant même d’autres sports à suivre ce chemin, d’autres n’ont pas hésité à exprimer leur mécontentement.

Selon un sondage réalisé en décembre dernier par la BBC, 60 % des individus interrogés souhaitaient maintenir cette tradition des grid girls.

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Charlotte Gash, une grid girl, interviewée par la BBC a également exprimé son point de vue : « Je suis dégoûtée que la F1 ait cédé à une minorité pour être politiquement correcte. Je suis chanceuse, car ça n’est pas ma source principale de revenus, mais elle l’est pour certaines. Nous aimons faire ça et nous ne voulons pas qu’on nous l’enlève. »

D’autres sports avaient déjà pris les devants et ce bien avant l’affaire Weinstein. Tel a été le cas de l’Automobile Club de l’Ouest des 24 heures du Mans. Dès la saison 2015, il n’a plus fait appel aux jeunes femmes.

Ce que certaines femmes estiment comme étant « un succès pour la cause féminine » n’en est pourtant pas un. Car ces femmes, qu’elles soient appelées grid girls, hôtesses, etc. se retrouvent définitivement sur la touche, au chômage. Alors pour soi-disant défendre la cause féminine, on envoie nos congénères sur le marché de l’emploi. Concrètement, on supprime des postes où seules les femmes étaient présentes jusqu’alors. Des artistes, des personnalités, etc. qui seront invités à supposer de manière bénévole voleront un travail rémunérateur à d’autres. Or, sous le prétexte de vouloir répondre aux « normes sociétales actuelles », ces dirigeants sportifs d’un nouveau genre vont simplement économiser de l’argent. Ce type de décision est exactement similaire à un chef d’entreprise qui pratique un licenciement économique.

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Que vont devenir ces femmes ? Quel reclassement va-t-on leur proposer ?

Rien !

Le plus triste aujourd’hui est de ne mettre en avant que le côté « sexiste » de ces prises de décision, pour ma part, absurdes. On ne voit plus le côté festif. Surtout on ne réfléchit pas sur le fait que l’on supprime de plus en plus, indirectement mais sûrement, des emplois strictement féminins. Et il est utile de le répéter.

Que veulent-ils en fin de compte ces prétendus-là défenseurs de la cause féminine ? Un monde futur où les mannequins féminins ne pourront plus défiler en sous-vêtements ou maillot de bain, car trop sexiste ? Plus de cheerleaders ou pom-pom girls qui stimulent l’enthousiasme des supporters des équipes sportives, car trop dégradant ? Plus de défilé non plus de majorettes, car indigne pour la femme ? À quand allons-nous nous attaquer aux Chippendales ?

En outre, une autre conséquence, et pas des moindres, risque de se produire. Le retour ni plus ni moins aux clubs privés uniquement réservés aux hommes. Les femmes n’auront le droit qu’aux clubs de couture ou de lecture.

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Au regard de toutes ces prises de position actuelles, nous les autres féministes sommes en droit de nous inquiéter sérieusement sur notre condition dans l’avenir. Les décisions sont prises, mais sans notre consultation. A-t-on demandé l’avis des grid girls pour la suppression de leur job ? A-t-on même requis leur présence lors de ce débat afin qu’elles puissent défendre leur gagne-pain ? Et les hôtesses du club des fléchettes du Royaume-Uni ont-elles eu elles aussi leur mot à dire ? Toutes ces femmes ne sont-elles pas après tout les premières concernées ?

Où ce monde nous conduit-il ? Un avenir bien sombre où la femme sera conditionnée à répondre à d’autres critères, des critères austères où toute forme de féminité sera abolie. L’univers de la femme propre à elle partira en fumée ou ne pourra évoluer qu’en cercle restreint.

Nous deviendrons des hommes…

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