Il faut qu’il « voye »… Il faut qu’il « soye » ?

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Ces mauvaises conjugaisons deviennent de plus en plus récurrentes aujourd’hui, même si ce n’est pas que d’aujourd’hui d’ailleurs.

À chaque fois que les entends, je bondis. Concernant le bon parler, nous disons : il faut qu’il voie, il faut qu’il soit… Mais bon. Peut-être le verbe « voyer » aurait-il été ajouté à la grammaire française durant mes plus de cinq ans passés en Angleterre ? Peut-être aussi l’auxiliaire « être » aurait-il vu son rival « soyer » débarquer dans la conjugaison ? J’aurais donc loupé le coche !

Cependant, comme je l’écrivais précédemment, cela ne date pas d’aujourd’hui. Lorsque je travaillais dans une école maternelle, il y a de cela huit ans, une institutrice m’avait prise à partie devant certains parents d’élève en me remarquant bien haut et fort une faute de conjugaison de l’auxiliaire avoir. J’avais écrit  : « Il faudrait que vous ayez… » Et selon elle, « ayez » devait s’écrire « ayiez ». J’avais donc oublié le « i » ? Puis elle ajouta que mon niveau de français n’était pas si bon que je le prétende. Sympa. Un peu vexée, surtout de me prendre la réflexion devant tout le monde, je ne pipai mot. Je lui fis signe gentiment de m’attendre quelques secondes. Je partis chercher un livre de conjugaison. De retour, je lui mis sous le nez la page correspondante à la conjugaison de l’auxiliaire avoir. Gênée à son tour, elle trouva quand même le moyen de me dire que le livre se trompait. Suite à quoi, un rictus aux lèvres, je décidais de laisser choir. Hé oui, il y a des gens comme ça où la mauvaise foi est plus forte que tout !

Bref, revenons à nos moutons, Léon.

Pas plus tard qu’hier soir, je regardais « Zone interdite – Hypermarché des plages : au cœur du grand rush de l’été », en replay, un agent de sécurité, le chef, dit alors au cours de son interview : « il faut qu’on voye bien… » Peu importe ce qu’il a dit après. Sur le moment, je ris tout en pensant un peu tout de même « pauvre France ». Malheureusement, il n’est pas le seul. Dans la rue, les magasins, à la télévision, à la radio…, je ne compte plus le nombre de fois où j’entends ces mauvaises conjugaisons. Enfin, j’ai arrêté de compter. Je redoute juste le jour où je verrais ces fautes écrites.

Vous me diriez, il y a pire. Le verbe « tenir » s’est également transformé en « tiendre » et la confusion entre les verbes « agoniser » et « agonir » est tout autant fréquente, sans douter que les personnes qui se trompent ne doivent pas connaître le verbe « agonir », c’est-à-dire « accabler quelqu’un d’injures ».

Mais il y a aussi plus fort, Hector.

Depuis un bon nombre d’années, les termes « simplissime », « sublissime », etc., histoire de compliquer un peu plus une langue qui l’est déjà, sont couramment utilisés. Et certaines personnes blâment les mots anglais qui entrent dans notre vocabulaire ? Personnes qui ne savent pas que nombreux mots et expressions françaises sont usités dans la langue anglaise.

Enfin en y réfléchissant bien, nous ne sommes plus à ça près, puisque la « grossophobie » & Co sont des expressions relativement récentes qui sont de même employées à tout bout de champ. Et vu que les mathématiques vont devenir optionnelles dans la réforme du baccalauréat, l’avenir se profile super bien à l’horizon. Un peuple qui ne sait déjà pas parler correctement, il ne saura plus compter. Vous me direz, il sera ainsi plus facile de le diriger…

Un auteur, une autrice !

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En découvrant les Journées du Matrimoine, dont je ne connaissais pas leur existence, qui ont fait échos dans divers articles de presse, j’ai relevé une information, on ne peut plus intéressante.

Le saviez-vous ?

Le féminin « autrice » existe depuis l’Antiquité. Aussi ancien que son masculin « auteur », il fut employé par Lagrange, le comédien de Molière, pour désigner les premières femmes dramaturges au 17e siècle, dans les Registres de compte.

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Hroswitha de Gandersheim

Le premier auteur du théâtre européen fut une autrice, Hroswitha de Gandersheim, une chanoinesse du 10e siècle. Elle s’inspira des pièces du poète comique latin Térence pour composer des drames chrétiens.

Au 14e siècle, naquit la première femme de lettres professionnelle Christine de Pizan.

Au 16e siècle, la première autrice de théâtre connue en France fut la reine Marguerite de Navarre, sœur de François 1er. Elle écrivit des farces subversives comme satiriques, sans épargner l’Église, toute-puissante en ces temps d’Inquisition.

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Christine de Pizan

Dans les années 1650, Françoise Pascal rédigea des pièces de théâtre qui furent mises en scène par des troupes lyonnaises. En 1662, Mme de Villedieu fut la première autrice de théâtre dont l’une de ses pièces fut jouée à Paris. En 1689, Catherine Bernard fut la première femme à composer une tragédie qui fut jouée à la Comédie-Française.

Ce fut plus d’une centaine de femmes qui écrivit près de 400 pièces de théâtre sous l’Ancien Régime. Plusieurs d’entre elles furent ainsi jouées à la Comédie-Française, à la Comédie-Italienne, à Versailles et dans les premiers théâtres de boulevard. Des tragédies aux comédies, en passant par les drames et les farces, tous les styles furent abordés.

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Marguerite de Navarre

Certaines de ces femmes, notamment Marie-Anne Barbier, connurent une renommée internationale. Leurs œuvres furent traduites dans plusieurs pays, comme les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne ou encore la Russie.

De la Renaissance à nos jours, 2 000 autrices parcoururent les époques :

  • Sous l’Ancien Régime : 150
  • Au 19e siècle : 350
  • Au 20e siècle : 1 500
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Marie-Catherine Desjardins, dite Mme de Villedieu

De la création de la Comédie-Française, en 1680, jusqu’à la fin du 18e siècle, 17 autrices entrèrent dans son répertoire et 21 par la suite :

  • Au 18e siècle : 13
  • Au 20e : 5
  • Du début 21e à aujourd’hui : 3

Entre 1958 et 2002, aucune pièce de théâtre écrite par une femme n’entra au répertoire de la Comédie-Française.