Donna Strickland, prix Nobel de physique 2018

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Donna Theo Strickland, née le 27 mai 1959 à Guelph, province de l’Ontario au Canada, est une physicienne canadienne pionnière dans le domaine des lasers. Professeure adjointe au département de physique et d’astronomie de l’Université de Waterloo depuis 1997. Présidente de The Optical Society (1) depuis 2013.

Ce 2 octobre 2018, le prix Nobel de physique a été décerné à l’Américain Arthur Ashkin, au Français Gérard Mouru et à Donna Strickland par l’Académie royale des sciences de Suède pour leurs travaux sur la physique des lasers.

Elle est ainsi devenue la 3e femme seulement de l’Histoire à obtenir ce prix Nobel, après la Française Marie Curie en 1903 (laquelle reçut aussi le prix Nobel de Chimie en 1911) et la Germano-américaine Maria Goeppert-Mayer en 1963.

Depuis 1901, 112 prix ont été attribués par le jury suédois n’ayant ainsi promu qu’une femme par demi-siècle dans cette discipline.

Donna Strickland

« Trois, c’est tout vraiment ?! », a-t-elle demandé de loin à l’Académie royale des sciences. « Je pensais qu’il pouvait y en avoir eu plus […] Dès que j’en ai l’occasion, je parle souvent de la dernière femme à avoir remporté un prix Nobel », a-t-elle par la suite expliqué lors d’une conférence de presse à l’Université de Waterloo, où elle enseigne. « Et tout d’abord, je dois admettre, désolée, que je l’avais en fait appelée ‘il’ dans ma thèse. Quelqu’un qui a lu ma thèse m’a dit ‘honte à toi, Donna’, alors j’ai changé et mis ‘elle’ […] Je connaissais son travail, mais je ne savais pas que c’était une ‘elle' », a-t-elle ensuite précisé.

Il s’agit de Maria Goeppert-Mayer qui découvrit en 1939 « qu’un atome pouvait absorber deux photons », a rappelé Donna Strickland. « C’est une femme qui a pensé à ça et changé notre façon de faire de la science. Et pourtant elle a seulement suivi son mari de poste en poste […] Il est devenu professeur, est monté en grade et a travaillé comme chimiste à l’université. Elle avait le droit d’enseigner si elle le souhaitait, elle pouvait avoir un bureau, mais pas elle… elle n’a pas été payée avant les années 1950 […] Donc évidemment, les femmes ont fait beaucoup de chemin », a-t-elle ajouté.

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Dans le passé, peu de femmes travaillaient dans la recherche en sciences dures. Or, une démographie a évolué et la communauté scientifique doit en tenir compte aujourd’hui. « Il y a des femmes qui font de l’excellente recherche dans toutes sortes de disciplines […] L’excuse ‘oh, on n’a pas trouvé de femmes’ ne tient plus », a déclaré auprès de l’AFP Roisin Owens, une biochimiste de l’Université de Cambridge.

Jessica Wade, une chercheuse en physique à l’Imperial College de Londres, ne supportant plus de constater les femmes scientifiques rester dans l’ombre, décida en 2017 d’insérer à l’encyclopédie en ligne Wikipédia les biographies de 270 chercheuses. Même si elle note des progrès des professions scientifiques vers l’égalité hommes-femmes, notamment « des mesures pour soutenir les femmes à leur retour de congé maternité, le partage du congé parental, des politiques contre le harcèlement sexuel », en revanche, elle remarque « une frange croissante de la société, où, de façon inquiétante, les hommes politiques et les réseaux sociaux laissent se propager des visions surannées et sexistes des femmes ». D’ailleurs, pas plus tard que le 28 septembre dernier lors de l’atelier « Théorie des hautes énergies et genre », organisé par le Comité Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN), à Genève, Alessandro Strumia, Professeur de physique fondamentale à l’Université de Pise en Italie, y a tenu des propos sexistes « particulièrement choquants », en ayant affirmé que la physique était une science « inventée et construite par les hommes ». Ce qui lui a valu une mise à l’écart par le CERN.

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Peu de femmes sont également proposées pour le Nobel, malgré la volonté de l’Académie suédoise décernant le prix Nobel à encourager les gens à nominer des femmes « parce que nous ne voulons passer à côté de personne », tel qu’elle l’a indiqué. « Les récompenses engendrent les récompenses… un moyen important de promouvoir les physiciennes est de s’assurer de les nommer », a spécifié Jennifer Curtis, Professeure associée de physique au Georgia Institute of Technology. Parmi ces candidates susceptibles d’être récompensées, la radiochimiste américaine Dawn Shaughnessy ayant découvert 5 éléments du tableau périodique qui n’a pas été encore officiellement honorée d’un Nobel.

Mais aussi, les femmes scientifiques seraient moins enclines à se porter candidates que leurs homologues masculins. La raison est que les Nobel sont pour gratifier des efforts individuels plus que collectifs, d’où si peu de femmes lauréates. « Mon sentiment est que les femmes travaillent pour le bien commun et peuvent souvent sacrifier leur carrière individuelle pour faire avancer la communauté », considère Roisin Owens. En exemple, Jocelyn Bell Burnell, l’une des plus grandes astrophysiciennes du monde ayant participé à découvrir les pulsars, a annoncé en septembre 2018 qu’elle faisait don des 3 millions de dollars reçus avec le prix prestigieux Breakthrough prize en physique fondamentale afin d’aider les groupes sous-représentés à se lancer dans la physique.

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(1) The Optical Society, anciennement Optical Society of America (OSA), est une société savante d’optique fondée en 1916, dont le but est l’avancée du domaine de l’optique et de la photonique (2), de l’étude de la lumière et de ses propriétés, à travers l’organisation de symposiums, de publications, de bourses et de prix. Elle est considérée, avec The Society of Photo-Optical Instrumentation Engineers (SPIE, société internationale à but non lucratif fondée en 1955 ayant pour but la diffusion des connaissances en optique, photonique et imagerie), comme la plus grande société savante internationale de professionnels sur le sujet l’optique et de la photonique.

(2) La photonique est une branche de la physique concernant l’étude et la fabrication de composants permettant la génération, la transmission, le traitement, soit la modulation, amplification, ou la conversion de signaux optiques. Elle étudie sans faire de distinction les photons comme onde ou corpuscule, dans une approche classique ou quantique. Son domaine d’étude couvre l’ensemble du spectre lumineux du Térahertz aux rayons X. Ses composants étudiés sont notamment les lasers, les diodes électroluminescentes, les fibres optiques, les modulateurs optiques, les amplificateurs optiques ou encore les cristaux photoniques, les lentilles, les prismes et les réseaux. Son secteur d’activité possède de nombreuses applications industrielles et de recherche, dont il fait également l’objet d’un soutien spécifique au niveau européen.

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