« Go back to where you came from »

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Les émissions de télé-réalité font partie depuis des années de notre paysage médiatique au point de parasiter la qualité des programmes en eux-mêmes. Et les créateurs de ces émissions ne savent plus quoi inventer afin de faire grimper le niveau d’audience de la chaîne de télévision pour laquelle ils travaillent.

Pour tous ceux ou celles qui penseraient que notre télévision française qui proposent ce type d’émissions serait parmi celles qui en détiendraient le record, ils changeront peut-être d’avis avec ce qui va suivre.

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Révélée par le département de l’information du réseau de télévision américain National Broadcasting Company, NBC News, et relayée par le magazine en ligne américain Slate, cette actualité a de quoi faire bondir !

La chaîne de télévision privée polonaise TVN s’apprête à diffuser une nouvelle émission de télé-réalité au cours de cet automne. Intitulée Go back to where you came from, en français, Retourne là d’où tu viens, elle mettra en scène 6 Polonais qui vivront « comme les réfugiés et avec des réfugiés, pendant près d’un mois ». Une télé-réalité à l’identique d’une émission australienne diffusée entre 2011 et 2015.

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Un Pékin Express à la polonaise.

6 « aventuriers » et « aventurières » devront parcourir le chemin inverse de celui emprunté par les migrants. Munis d’un passeport, d’un peu d’argent et d’un téléphone, ce que tout réfugié fuyant son pays a bien sûr en sa possession, ils partiront de Berlin en Allemagne, traverseront l’Autriche, la Hongrie, la Serbie et arriveront en Grèce, d’où ils prendront un bateau, sans risque de chavirer, pour traverser la Méditerranée jusqu’au Kurdistan. Sur place, ils vivront dans un camp de réfugiés. Et durant toutes ses épreuves, ils seront alors filmés non-stop par les caméras.

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Dans un communiqué la chaîne TVN a déclaré : « Ce sera l’une des expéditions les plus difficiles de leur vie ». « Comment cette errance affectera-t-elle les héros ? Vont-ils regarder leur vie différemment après ce voyage ? » Questions que devront se poser les participants du programme qui, selon le magazine Slate, ont un avis divergent sur le problème de la crise des migrants. Quant au titre de « héros », sans commentaire.

Alors que le directeur de la programmation de la chaîne privée polonaise a estimé que cette émission sera d’utilité publique et permettra de contribuer au débat sur ce sujet, de nombreuses personnes accusent déjà la production d’utiliser la souffrance des migrants afin de faire du profit, tel que l’a rapporté le magazine Slate. Et malgré que la production ait déclaré « Nous sommes bien au fait que c’est un sujet politique sensible et controversé », elle s’est justifiée en expliquant que cette émission revêtait davantage le caractère d’un documentaire que d’une télé-réalité.

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Un documentaire ?

Enfin, le magazine Slate a rappelé que la plupart des Polonais sont opposés à l’accueil des réfugiés chez eux. Un sondage du Centre de recherche sur l’opinion publique polonaise, CBOS, a établi que seulement  5 % des Polonais accepteraient que les réfugiés fuyant une guerre puissent s’installer dans le pays, par rapport en 2015, avant le début de la crise migratoire, où ce taux était de 14 %. Sur le plan politique, le gouvernement polonais est farouchement contre l’accueil de migrants issus de pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

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La Pologne scandaleuse !

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La Une du dernier numéro de la revue polonaise wSieci a fait récemment un véritable scandale.

Et pour cause !

Autant que le suggère très explicitement cette photo en couverture du magazine, sur laquelle une femme blonde vêtue du drapeau européen se fait agresser par des mains masculines à la peau bronzée, la référence aux agressions sexuelles rapportées de la nuit de la Saint-Sylvestre qui ont eu lieu à Cologne et dans d’autres villes d’Allemagne est sans équivoque, les 470 plaintes qui furent déposées avaient conduit à 73 inculpations d’hommes en grande partie immigrés, demandeurs d’asile syriens et irakiens ainsi qu’un effectif important de ressortissants algériens et marocains.

Et histoire de surtout bien faire passer le message, sous couvert de remettre soi-disant en cause la politique d’accueil des réfugiés, d’une incitation maladroite et loin d’être discrète au racisme religieux, au cas où nous ne l’aurions pas assez bien compris, le gros titre, que même un non-voyant pourrait voir, vient l’appuyer : « Le viol islamique de l’Europe »

Or, le magazine réputé d’extrême droite et populaire va encore plus loin dans sa démarche en proposant en lecture une série d’articles, plus affligeants les uns que les autres, qui décrit un scénario apocalyptique du futur.

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Dans ces articles, dont deux intitulés « l’Enfer de l’Europe » et « l’Europe veut-elle se suicider ? », la journaliste, dont je n’ai même pas envie de citer le nom, dépeint une Europe en guerre avec l’Islam « depuis quatorze siècles » en épiloguant, déclarant que le monde d’aujourd’hui est dès lors témoin d’un « choc de deux civilisations dans les pays de la vieille Europe. »

Et la chancelière Angela Merkel y passe également sur le gril en étant accusée d’obéir aux lobbys allemands favorables à l’arrivée de mains-d’œuvre à bon marché. En autorisant l’ouverture de ses frontières, écrit un autre journaliste, elle aurait ouvert « la boîte de Pandore », rien que ça !

Toutefois, bien que la revue dans son ensemble ait de quoi nous écœurer, c’est avant tout sa couverture qui a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, sur lesquels de nombreux internautes, dont des journalistes, n’ont pas tardé à faire part de leur vive réaction, notamment sur Twitter.

Ainsi, parmi ces messages, comme le rappelle le journaliste irlandais Ronan Burtenshaw, la photo en couverture n’est malheureusement pas sans nous rappeler ces affiches de propagande qui circulaient durant la seconde guerre mondiale, telle cette affiche italienne propagandiste, « défends-là » de 1944 contre les soldats américains, qu’il a postée juxtaposée à celle de la revue et en l’accompagnant de ce commentaire : « Il s’agit d’un spectacle bien commun de conservateurs qui n’ont habituellement que faire des droits des femmes mais qui s’y intéressent dès lors que des musulmans s’y attaquent. »

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Une autre journaliste spécialisée dans les pays touchés par la guerre poste ce commentaire : « « Le viol islamique de l’Europe »… remplacez « islamique » par « juif » et vous retournez dans la Pologne des années 30. »

S’ensuivent ces tweets :

« Le viol islamique n’existe pas. Ce sont les violeurs qui violent, pas les musulmans, les catholiques ou les juifs. Un écho très inquiétant du passé »

« Cette couverture est absolument écœurante. Comment diaboliser les réfugiés, extrait directement des règles du jeu des nazis »

« Honte à vous d’avoir fait ça. C’est du racisme pur. Êtes-vous nostalgique du 3ème Reich ? »

Il est toutefois utile de rappeler aussi que ce magazine avait apporté son soutien aux ultra-conservateurs, de retour au pouvoir en Pologne en octobre 2015, notamment grâce à une campagne axée sur la peur des réfugiés, et que le 6 février de cette année, le mouvement islamophobe Pegida avait rassemblé plusieurs milliers de manifestants nationalistes dans les rues de la capitale.