Australie : « Solution du Pacifique »

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La « Solution du Pacifique » était une politique d’immigration australienne mise en place entre 2001 et 2007, par le Premier ministre de l’époque John Howard. Elle consistait à reléguer en dehors du territoire australien des demandeurs d’asile immigrant par voie maritime en Australie. Ces derniers étaient alors placés dans des « centres de transit » sur l’île de Nauru (État insulaire d’Océanie, l’un des plus petits États du monde, se situant en Micronésie et formant à lui seul la République de Nauru) et dans la base navale de Lombrum sur l’île de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée. En échange de l’accueil de ces demandeurs, la République de Nauru recevait des subsides financiers importants de la part du gouvernement australien.

En 2012, une politique similaire fut adoptée sans qu’elle ne fut nommée la « Solution du Pacifique ». Même si officiellement cette politique fut abolie par la suite, elle demeure pourtant d’actualité.

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Des journalistes étrangers ont réussi à enquêter. En toute discrétion et avec une énorme prudence, ils sont parvenus jusqu’à l’île de Manus.

Le 8 février dernier, la chaîne de télévision France Ô, par l’intermédiaire de son émission Investigatiôns Partir à tout prix, a relaté parmi ses différents sujets cette politique loin de ressembler à une solution pacifique.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée, située au sud-ouest de l’Océan Pacifique, détient la moitié orientale de la Nouvelle-Guinée et ses îles au large. Ce pays de grande diversité culturelle et biologique est réputé pour ses plages et ses récifs coralliens. Il abrite aussi des villages tribaux traditionnels, dont beaucoup ont leur propre langue. Sa Capitale, Port Moresby. À l’intérieur des terres, se trouvent des volcans en activité, le célèbre mont Wilhelm en granite, une forêt tropicale dense et des sentiers de randonnée.

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Parmi ses îles, celle de Manus, la 5e plus grande de ses îles avec une superficie de 2 100 km2, mesurant environ 100 km de long et 30 km de large. Selon le recensement de 2000, sa population était de plus de 40 000 habitants. Elle serait aujourd’hui d’environ 60 000. Comprenant des jungles drues formant une forêt tropicale humide de plaine, son point culminant est le mont Dremsel d’une hauteur de 718 m d’altitude au centre de la côte sud. D’origine volcanique, cette île aurait émergée de la surface de l’océan à la fin du Miocène, il y a 8 à 10 millions d’années. Son substrat volcanique provient directement ou à partir de calcaire corallien surélevé. Elle est également l’épicentre de l’escargot vert d’émeraude, dont sa coquille est récoltée et vendue en bijoux.

Mais, derrière cette jolie carte postale se cache une autre vérité beaucoup plus sinistre. L’île de Manus possède un immense camp de détention de ces demandeurs d’asile ayant immigré en Australie qui longe une bonne partie de l’une de ses côtes.

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S’apparentant davantage à un camp de concentration, où seulement 10 à 20 préfabriqués y sont installés pour 1 millier de réfugiés, ces demandeurs d’asile en majorité iraniens vivent dans des conditions de détention déplorables. Manque d’hygiène, grève de la faim, violence et taux de suicide excessif rythment le quotidien de ces individus qui ont quitté l’enfer de leur pays pour se retrouver dans un autre. Ce camp n’apparaît même pas sur la carte de l’île. Entièrement entouré de barbelés et clôturé par des grillages de 3 m de haut, le camp renferme ces réfugiés en attente de leur sort. Depuis 2014, ce sont 2 000 réfugiés qui s’y sont entassés. 6 000 habitants de l’île résident à côté du camp. En 2014, un conflit meurtrier, fomenté par le gouvernement australien, a éclaté entre réfugiés et locaux. 77 blessés et 1 jeune iranien de 23 ans battu à mort ont été à déplorer chez les réfugiés. Ce décès a soulevé une vague d’indignation chez les Australiens qui ont manifesté en masse pour demander au gouvernement de réviser sa politique en matière d’immigration.

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Transfield Services, l’entreprise australienne affectée au problème des réfugiés du camp a reçu 1 milliard $ (700 $ par demandeur d’asile) de la part du gouvernement australien. Elle s’occupe ainsi de toute la gestion du camp.

146 millions $ ont été cédés par l’Australie à la Papouasie-Nouvelle-Guinée afin que celle-ci accorde son droit d’asile aux réfugiés volontaires. 25 d’entre eux ont accepté. Or, une fois ce droit acquis, le réfugié ne peut séjourner ailleurs que sur l’île de Manus, bien qu’il soit possession d’un document officiel lui certifiant sa nouvelle nationalité. Il est placé dans un centre de réadaptation et perçoit 30 dollars par semaine. Un smartphone lui est aussi donné. Cet argent lui sert à trouver un emploi et prendre des cours pour apprendre la langue. Et ces 30 dollars sont payés par Transfield Services. Il quitte donc une prison pour s’enfermer dans une autre.

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40 millions $ ont été également versés par l’Australie à l’Indonésie pour la même raison.

Cependant, deux avocats en collaboration, un papou et un australien, se sont lancés dans une véritable croisade pour la défense des droits constitutionnels des demandeurs d’asile qui n’en ont aucun dans le camp. Ils ont mis en lumière la Charte de protection pour les réfugiés qui existe dans la Constitution australienne.

En 1901, lors de l’unité de l’Australie, une loi fut votée sur le dispositif migratoire. Celle-ci stipulait l’acceptation de tous les immigrés, mais uniquement blancs. Cette volonté d’une « Australie blanche » défendue par cette loi demeura jusqu’en 1973. Cette idée est encore soutenue, notamment par la sénatrice très controversée Pauline Hanson, fondatrice de son propre parti One Nation, l’équivalent au parti Front National en France.

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L’article 36 de la Constitution australienne de 1975, relatif aux Droits de l’Homme, définit que tout prisonnier a le droit de se faire représenter par un avocat. Le prisonnier ne peut être maintenu en détention plus de 2 mois sans procès. Dans le cas contraire, il peut réclamer une compensation financière en réparation du droit non respecté.

Les réfugiés du camp, au vu de leur situation, ont de ce fait le statut de prisonnier. Mais, ils doivent attendre 2 ans au minimum avant qu’un avocat puisse entrer dans le camp. Les deux avocats essayent alors de se servir de cet article pour défendre leur droit.

De son côté Sarah Ferguson, journaliste-enquêtrice spécialisée dans l’immigration, tente, elle aussi, d’aider ces réfugiés. Elle révèle la censure dont la presse est victime. Refus du droit à l’image, aux reportages, etc. Elle évoque la langue de bois des politiciens.

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En avril 2016, la Cour suprême de Papouasie-Nouvelle-Guinée déclare illégal le centre australien de détention des réfugiés sur l’île de Manus. Elle ordonne au gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée de le fermer dans les plus brefs délais. La Cour juge ce centre contraire au droit à la dignité humaine protégé par la Constitution. Le gouvernement australien s’engage en août à fermer le centre de réfugiés, mais sans préciser de date.

En 2017, ce camp de concentration moderne aurait définitivement fermé ses portes et de nombreux demandeurs d’asile auraient alors trouvé refuge en Indonésie. Pour les autres, leur état reste inconnu.

Enfin, cette politique de l’immigration semblerait encore active officieusement, puisque l’Australie actuellement n’a toujours pas accordé de droit d’asile à l’un de ces réfugiés. Cette dite « Solution du Pacifique » est en réalité la solution de l’autruche…

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