Mauritanie : le gavage des filles

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Alors que certains s’insurgent contre le gavage des oies, il existe bien tristement une autre forme de gavage dans une partie du monde.

« Tu seras belle et grosse, ma fille », telle pourrait être la devise de la Mauritanie.

Dans ce pays, aux antipodes de la pensée occidentale où le culte de la minceur est défendu, les rondeurs sont mises à l’honneur. Comme la majorité des pays africains, où il est estimé qu’une femme grosse est une femme fertile et socialement dans l’opulence, la Mauritanie n’échappe pas à cette culture.

Les femmes ingurgitent donc des quantités faramineuses de nourriture pour correspondre aux normes que bien évidemment l’homme a imposées.

Ainsi dès le plus jeune âge, les filles sont littéralement gavées, nourries de force, obligées d’avaler des calories en quantités inimaginables, entre 14 000 et 16 000 calories par jour, afin de grossir le plus rapidement possible et avoir la faveur d’un homme, un futur mari. Sachant que les mariages précoces ont toujours cours, même si la loi l’interdit.

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Des femmes sont alors payées par les familles, si ce ne sont pas les familles elles-mêmes qui s’en occupent, pour gaver les filles. Elles sont contraintes de boire plusieurs gamelles de lait de chamelle par jour, d’avaler des mélanges d’œufs, de dattes, cacahuètes et huile. Et si par malheur elles vomissent ou refusent, elles sont battues. Or, dans un pays où cette coutume est enracinée de génération en génération, les filles s’exécutent sans protester et dans la souffrance.

Aminetou Mint Elbacen est une « gaveuse » de la ville reculée d’Atar et reçoit chaque année des dizaines de filles à qui ce séjour est décrit comme un camp de vacances pour les rendre belles. Résultat, 3 mois passés dans ce « camp de vacances », elles reviennent totalement transformées, bien préparées à devenir des obèses qui feront d’elles des bonnes épouses et attirantes pour les hommes. Mais aussi, pour la plus grande joie des familles qui n’auront pas à se priver de dot, car si elles sont trop maigres, aucun homme ne voudra d’elles. Elles deviendront alors une honte pour leur famille, surtout un poids financier pour des parents généralement pauvres.

Le photographe Joost de Raeymaeker qui a accompagné la journaliste pour ce reportage et figé cela à travers son objectif (OAI13) a déclaré : « Je me souviens de la réaction de femmes rencontrées à Atar qui, en voyant une photo de Beyoncé sur la couverture d’un magazine, trouvaient qu’elle était maigre comme un cintre et qu’elle ne pourrait, par conséquent, jamais trouver un mari. »

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Inutile de dire que les conséquences d’une telle pratique sont désastreuses et dangereuses. Diabète, hypertension, problèmes cardiaques et articulaires, incapacité à se déplacer, etc. deviennent par la suite le quotidien de ces femmes.

Cependant, cette coutume tend à disparaître à l’approche des grandes villes où l’ouverture sur le monde avec la présence d’étrangers européens ou moyen-orientaux amène ainsi une autre vision de la beauté. En revanche dans les contrées reculées du pays, cette tradition persiste.

En parallèle, des personnes sur le terrain, notamment l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF), luttent sur plusieurs fronts, contre cette coutume et les mariages forcés, en permettant à ces filles d’accéder à l’éducation et les rendre ainsi moins vulnérables.

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