Maroc : l’agression sexuelle d’une jeune femme dans un bus à Casablanca fait scandale

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Dans la nuit du 20 au 21 août dernier, une vidéo a été mise en ligne montrant l’agression sexuelle d’il y a plusieurs mois d’une jeune femme à l’arrière d’un bus en pleine journée à Casablanca au Maroc. Ni le conducteur, ni les passagers n’ont réagi.

6 adolescents, dont 2 supposés en train de filmer, ont ainsi violenté une jeune femme de 24 ans. Les 4 jeunes hommes visibles sur la vidéo lui ont arraché les vêtements et lui ont violemment touché les seins. Malgré qu’elle soit à moitié nue, en larmes et supplie ses agresseurs de la laisser tranquille, personne dans le bus n’est venu à son secours, même pas le chauffeur qui a continué de rouler comme si de rien n’était.

La vidéo a suscité des réactions très divisées au Maroc. Bien que nombreux internautes aient qualifié cet acte d’odieux et pris le parti de la jeune femme, d’autres lui ont rejeté la faute en lui reprochant de ne pas porter des vêtements adéquats. Certains ont même été jusqu’à la traiter de prostituée.

En parallèle, l’association Touche pas à mon enfant a publié sur son compte Facebook des captures d’écran de la vidéo afin que les autorités puissent identifier les agresseurs et de « traduire en justice cette horde barbare qui s’est attaquée lâchement à une jeune fille ».

Grâce à cette vidéo devenue virale et le battage médiatique autour, les pouvoirs publics ont été poussés à intervenir. Le 21 août, La direction générale de la Sûreté nationale ou Sûreté nationale (DGSN) a annoncé l’arrestation de 6 individus âgés de 15 à 17 ans « pour leur implication présumée dans l’agression sexuelle d’une jeune fille dans un bus à Casablanca ».

De leur côté, des journalistes du site d’information francophone au Maroc, Le360, se sont rendus dans le quartier de Bernoussi, où ont été appréhendés les jeunes criminels, afin de recueillir les témoignages des habitants. La plupart d’entre eux excusent ces jeunes en prétextant que cet acte est lié à « leur jeune âge, le fait qu’ils s’adonnent à des drogues, et qu’ils ne soient que des gamins ».

Quant au journal Le Monde, il a notamment rapporté le témoignage de Wafae, une jeune marocaine de 22 ans, qui a alors expliqué le quotidien d’une femme dans l’espace public à Casablanca : « Les agressions sexuelles font partie de notre quotidien. Que ce soit dans le bus, dans la rue ou même dans un souk plein de monde, on subit des attouchements, des insultes. Les hommes ouvrent leur braguette, collent leur sexe au dos des femmes et vont jusqu’à éjaculer sur nous. En plein espace public ! » Puis elle a décrit le comportement des témoins : « Ils lèvent les yeux au ciel, font semblant de ne pas voir. Les chauffeurs de bus n’interviennent jamais. »

Et pour ce qui est de Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des droits de l’Homme, il avait admis auprès de l’AFP début août : « La loi marocaine condamne le harcèlement des femmes au travail, mais pas dans les espaces publics »,  alors que la plupart des agressions se déroulent dans ces lieux. Le plus inquiétant est aussi l’augmentation de ces violences.

Enfin, ce cas est loin d’être isolé au Maroc, car près de 2 femmes sur 3 sont victimes de violences, selon des chiffres officiels. Les agressions sont de l’ordre de la banalité. Leurs auteurs sont très rarement poursuivis et arrêtés.

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Maroc : le tuto maquillage pour femmes battues

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Comme précédemment évoqué dans un article, la période de Noël est le moment où l’on commence à établir le bilan des bonnes et mauvaises actions qui ont eu lieu dans l’année.

Ayant donc porter un plus dans la colonne, au tour du moins maintenant de se poser afin d’équilibrer la balance.

Et ce moins, est vraiment le moins que l’on puisse dire, un qui pèse lourd.

Le 25 novembre de cette année, à l’occasion de la Journée Internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, l’émission du matin Sabahiyate de la chaîne de télévision marocaine 2M a diffusé un tutoriel maquillage pour « montrer le type de maquillage à utiliser quand une femme est battue. »

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Une femme avec un faux bleu à l’œil était assise sur un fauteuil. La présentatrice rassura les téléspectateurs en précisant qu’il ne s’agissait que des « effets cinématographiques », puis expliqua la manière de cacher cet œil au beurre noir : « Le vert est utilisé à l’aide d’un pinceau pour camoufler la partie rougeâtre […] un correcteur orange puis jaune, puis un fond de teint » et elle ajouta « espérer avoir donné des solutions aux femmes qui ont besoin de ces conseils, afin qu’elles puissent elles aussi continuer à vivre et se rendre à leur travail. »

Cette petite vidéo passa quasiment inaperçue jusqu’au moment de sa mise en ligne sur le site Internet de la chaîne. Repérée par des internautes, elle créa alors une vive polémique. Des commentaires d’internautes littéralement offusqués déferlèrent. Face à ces réactions, la chaîne retira immédiatement la vidéo et présenta ses excuses dans un communiqué : « la rubrique est complètement inappropriée […] et des excuses les plus sincères pour cette erreur d’appréciation compte tenu de la sensibilité et de la gravité du sujet. »

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Selon l’ONG Humans Rights Watch, au Maroc « les brutalités commises à l’encontre des femmes sont monnaie courante. Une étude effectuée en 2009-2010 par le gouvernement a établi que près des deux-tiers des femmes avaient subi des violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques. Parmi elles, 55% ont signalé avoir subi des violences conjugales. »

Maroc : 2 adolescentes emprisonnées pour homosexualité

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Alors que le Maroc se considère comme se voulant être un pays libre et ouvert, cette affaire récente donne une version bien différente.

Dénoncées par leur famille, Sanaa, 16 ans, et Hajar, 17 ans, ont été arrêtées puis écrouées mercredi dernier après avoir été surprises en train de s’embrasser. Elles ont été placées en garde-à-vue pendant 48 heures avant d’être emprisonnées. Elles encourent une peine de 6 mois à 3 ans de prison ainsi que d’une amende de 120 à 1200 dirhams, soit 11,04 à 110,44 €. Elles sont jugées aujourd’hui pour homosexualité.

Omar Arbib de l’Association marocaine des droits humains a ainsi rapporté à l’AFP : « Un proche d’une des deux filles les a surprises en train de s’embrasser dans une maison du quartier Hay Mohammadi. Il a alerté les parents qui ont appelé la police. »

L’Association a engagé un avocat pour les défendre.

Selon l’article 489 du Code Pénal marocain, sont pénalisés « les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe. »

Il est aussi avéré que depuis l’indépendance du Maroc en 1956, plus de 5 000 homosexuels, essentiellement masculins, ont subi le même sort que ces 2 jeunes femmes.

Le préambule de la nouvelle Constitution de 2011 stipule pourtant que le pays s’engage à « bannir et combattre toute discrimination à l’encontre de quiconque, en raison du sexe, de la couleur, des croyances, de la culture, de l’origine sociale ou régionale, de la langue, du handicap ou de quelque circonstance exceptionnelle que ce soit. »

Il apparaît donc évident que cet article du Code Pénal se trouve en totale contradiction avec ce préambule.

Cependant, l’homosexualité demeure un sujet tabou au Maroc qui l’estime « anormale » et les communautés de lesbiennes sont même désignées comme « déviantes sexuelles »

En parallèle, un Marocain d’une trentaine d’années a déclaré à l’Observatoire international, une association indépendante en charge de nombreux cas de violation des droits humains, notamment au Maghreb : « Malheureusement, aujourd’hui au Maroc, quand on a 15 ans et qu’on commence à se sentir plutôt attiré par les hommes, on est perdu. Il n’existe aucune référence, aucun modèle. On se sent isolé. Il y en a qui croient être les seuls. Dans ces conditions, il est difficile de s’accepter comme tel. On se dit alors qu’on est peut-être bisexuel ou que c’est passager. »

En rappel, en avril 2016 au Maroc, 2 hommes victimes d’agressions homophobes avaient été condamnés par le tribunal de Beni Mellal, puis libérés un mois après. Un exemple afin de mettre fin à « une tentative de mener des actes portant atteintes aux bonnes mœurs et à la morale publique. »

Il enfin à savoir que l’homosexualité est passible de la peine de mort dans 10 pays :

– Afghanistan
– Arabie Saoudite
– Brunei
– Mauritanie
– Qatar
– Nigeria
– Iran
– Soudan
– Somalie
– Yémen

Certains de ces pays considèrent même l’homosexualité comme une maladie mentale.

Liberté, liberté chérie ! Pas partout.

Affaire à suivre…

Le rallye des Gazelles 2015

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Patricia Ciciliani et Manal Faxelle

Le rallye Aïcha des Gazelles du Maroc est le seul rallye hors-piste au monde uniquement féminin. Chaque année, il réunit plus de 300 femmes âgées de 18 à 65 ans de toutes nationalités.

À l’occasion de la 25ème édition de ce rallye qui s’est déroulé du 20 mars au 4 avril 2015, l’un des plus beaux messages a été lancé par deux de ses participantes, Manal Faxelle, musulmane, et Patricia Ciciliani, juive, qui ont fait équipe ensemble pour défendre une cause commune, celle de prouver la coexistence possible entre leur religion. Elles ont ainsi roulé pour la paix.

S’étant rencontrées lors du rallye de 2013 durant lequel elles ne partageaient pas le même équipage, elles sont devenues très rapidement des amies et ont fixé cette amitié dans le temps. Toutes deux d’origine marocaine, venant de la région parisienne, et très affectées par les attentats contre Charlie Hebdo, elles ont donc décidé de lancer un message de paix en formant ce duo pour ce rallye de 2015, rallye aux valeurs qui leur sont chères, comme l’a déclaré Manal Faxelle au Huffington Post Québec : « Ici, on rencontre des personnes de toutes les nationalités et de toutes les religions. C’est un bel endroit pour faire connaître notre cause et susciter l’intérêt sur ce qui se passe en ce moment. » Au sujet des attentats, Manal Faxelle a confié au journal : « Ça a été une véritable souffrance pour toutes les deux. Et en tant que femmes et mères, en voyant la situation, on se demande où l’on va et on se demande ce que nous allons laisser à nos enfants. » Quant à Patricia Ciciliani, elle a affirmé : « Ici, au Maroc, les juifs et les musulmans ont vécu et vivent encore aujourd’hui ensemble. Nous sommes des frères. »

Et bien qu’elles n’aient été classées à la fin du rallye, leur message a trouvé toute son écoute, ainsi que l’a confirmé Manal Faxelle : « On a reçu plus d’une dizaine de courriels nous félicitant pour notre action. Des courriels d’anonymes qui nous ont touchées et qui nous ont prouvé qu’on a eu raison de rouler avec ce but-là. D’ailleurs, dans les moments les plus difficiles durant la course, c’est ce qui nous maintenait fortes. »

Un énorme coup de cœur, que je ne pouvais ne pas partager, pour ces deux femmes, des citoyennes, parfaites inconnues parmi tant d’autres, qui au travers de leur action nous livrent un vrai message humaniste.