La pénibilité du travail

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Cet article arrive à point nommé et est en corrélation avec celui d’hier. Après vous avoir présenté la future mise en service d’un exosquelette pour des agents SNCF employés à la manutention afin de soulager la pénibilité de leur travail, dans l’après-midi je me faisais livrer un meuble. Meuble que j’attendais depuis presque deux mois qui n’a pu être livré en temps et en heure en raison de multiples retards du fabricant et du fournisseur.

Bref, le sujet n’étant pas là, passons sur ce point. Le meuble est donc enfin arrivé. J’eus alors un échange convivial avec le livreur.

D’habitude, les meubles sont souvent à monter soi-même. Il est donc aisé pour n’importe qui de prendre morceau par morceau pour transporter l’ensemble du meuble à bon port. Or, celui-ci ne l’est pas.

Hier après-midi, je vois arriver un camion de déménagement devant l’entrée du portail. Un monsieur d’un âge certain sort de sa cabine. Pas de bonjour Madame, pas de sourire. En mon for intérieur, je me dis « ça commence bien. »

« Dîtes donc, vous auriez pu mieux préciser votre adresse sur le bon de commande ! J’ai galéré moi pour vous trouver ! Vous croyez quoi avec le camion que j’ai que c’est facile de circuler sur les petites routes de campagne ! Et quelle idée aussi d’habiter au milieu de nulle part ! », me lance-t-il comme salutation.

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Quelque peu hébétée, pensant sur le coup avoir affaire à un gars pince-sans-rire, je lui réponds avec mon plus beau sourire : « Ah ! Quel humour ! On ne me l’avait pas encore faite celle-là ! » « Je ne plaisante pas Madame ! », me rétorque-t-il alors d’une froideur à vous glacer le corps de la racine des cheveux jusqu’aux ongles des orteils.

Constatant dans son regard qu’il ne plaisante effectivement pas, je me dis « ma fille, c’est le moment de fermer sa gueule. On ne sait jamais, il est peut-être un tueur en série qui s’ignore. Je ne voudrais pas être la première d’une longue liste… » Ouvrant les deux grandes portes de son camion, il y entre par le hayon élévateur qu’il actionne avec le boîtier de commande suspendu à l’un des côtés intérieurs. Il prend le transpalette situé de l’autre côté qu’il glisse sous la palette supportant le meuble. La manœuvre accomplie, il descend avec le transpalette chargé de la même manière qu’il est monté.

Une grosse bête en plastique noire se dresse alors devant moi. Le meuble est imposant et pèse son poids.

Timidement en prenant bien garde à l’intonation de ma voix et aux mots que j’utilise, je lui demande toujours avec le sourire s’il n’aurait pas la gentillesse de traverser l’allée de mon jardin jusqu’à l’entrée de ma maison pour y déposer le meuble que toute évidence je ne peux pas transporter toute seule. Bien que pour une femme j’aie une force certaine, je ne suis pas non plus Wonder Woman.

« Je suis livreur, pas déménageur ! Normalement, on dépose devant la première entrée. Et pour le reste, c’est à vous de vous débrouiller ! En plus ça roule sur du dur, pas sur du mou. Votre allée est petite. J’sais pas si ça va l’faire ! », me réplique-t-il en haussant les épaules et sans me regarder. Insistant quand même, au risque de me faire découper en rondelles, avec des coups de s’il vous plaît par-ci, des s’il vous plaît par-là, argumentant sur le fait d’être une femme seule, de n’avoir personne pour m’aider dans l’immédiat, allant jusqu’à lui proposer de lui donner un billet en échange, il finit par céder. Entre parenthèses, mon allée est en dallage et mesure en largeur deux fois celle de son transpalette, meuble inclus.

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D’une humeur massacrante, son visage prenant la couleur de la colère, c’est-à-dire d’un rouge si vif qu’il pourrait vous brûler si vous vous y approchez de trop près, il attrape avec rage son transpalette chargé du meuble qu’il conduit sans difficulté jusqu’au bord de la terrasse devant l’entrée de ma maison. En assassinant toutefois quelques pauvres fleurs au passage qui coulaient des jours paisibles et qui d’un coup passèrent de vie à trépas en se faisant guillotiner à la Louis XVI.

Il récupère alors son transpalette, me tend ensuite l’appareil électronique pour y apposer ma signature attestant la bonne réception de la marchandise et s’en va en me souhaitant de façon surprenante une bonne journée. En repartant par le chemin d’où il est venu, il achève la tuerie des fleurs qui avaient réussi à survivre au premier couperet. Précision, je ne lui ai pas donné un centime.

Je me retrouve donc avec ma grosse bête en plastique noire sur sa palette qui a passé la fin de l’après-midi d’hier et la nuit devant la terrasse. Je dois attendre ce soir qu’un de mes charmants voisins rentre de vacances afin de m’aider à rentrer le meuble dans ma maison.

Enfin, si jamais la SNCF commande trop d’exosquelette, je suis preneuse…

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