Le « slut-shaming »

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Lors d’un nouveau numéro de l’émission de télévision C’est mon choix, sa présentatrice Evelyne Thomas a utilisé le « slut-shaming » à l’encontre de deux invitées, Lylia et Melissa, venues défendre leur droit d’être sexy sans pour autant passer pour des filles faciles.

Leurs décolleté plongeant et mini-jupe ont été alors vertement critiqués par l’animatrice, censée faire preuve de neutralité : « Vous n’êtes pas des filles faciles ? Pourtant là, vous donnez facilement votre décolleté. Vous vous habillez sexy et vous en avez marre de passer pour une fille facile. Sincèrement, je dois vous l’avouer, je ne comprends pas qu’on puisse s’habiller comme vous et en avoir marre de passer pour une fille facile. Les garçons vous savez comme ils sont, il n’y en a pas qui vous disent ‘si tu les montres, c’est que tu veux ?' »

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Les propos conservateurs et sexistes de la présentatrice ont entraîné de vives réactions sur les réseaux sociaux. Parmi eux, certains internautes se sont ainsi exprimés : « Waouh Evelyne Thomas qui te sort les arguments des agresseurs sexuels en pleine émission TV à des jeunes filles parce qu’elles osent porter un décolleté. Il est brutal le retour en 1912 », « J’ai mal à mon féminisme. Laissez ces femmes s’habiller comme elles veulent ! »

Hé bien les amis ! C’est grâce à ce fait évoqué sur un site Internet que j’ai découvert cette expression « slut-shaming ». Je ne m’étendrai pas davantage sur l’intervention affligeante de cette animatrice. Si nous ne parvenons pas, nous, les femmes, à nous soutenir les unes les autres, nous ne sommes pas prêtes d’y arriver…

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Bref ! Qu’est-ce donc le slut-shaming ?

C’est un concept à l’origine issu des féministes canadiennes et américaines. Ce terme, qui se traduit en français par « intimidation ou humiliation des salopes » ou « couvrir de honte les salopes » (slut signifiant salope), représente un ensemble d’attitudes individuelles ou collectives agressives envers les femmes, dont le comportement sexuel est jugé anormal, non conventionnel.

Il consiste donc à « stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier toute femme dont l’attitude ou l’aspect physique serait jugé provocant ou trop ouvertement sexuel ou qui cherche à se faire avorter. » D’autres a priori sans lien avec la sexualité peuvent également conduire au slut-shaming, comme l’argent, la voiture, le pouvoir…

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Il fomente l’idée que le sexe est dégradant pour les femmes. Il est employé autant par les hommes que les femmes dans les cadres public et privé. Les attaques sont physiques ou morales, selon la culture et les valeurs de l’agresseur. Ces attaques peuvent concerner le nombre de partenaires sexuels, la manière de s’habiller, se maquiller ou encore l’attitude générale d’une femme.

Les injures homophobes ou transphobes anathématisant un comportement sexuel et une identité de genre sont également estimées comme du slut-shaming.

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Cette expression, utilisée couramment aux États-Unis et au Royaume-Uni essentiellement par des féministes, s’insère peu à peu en France dans le langage courant, notamment sur Internet, via les blogs ou les réseaux sociaux.

Elle doit sa popularisation à l’apparition des SlutWalks en 2011. Sonya Barnett et Heather Jarvis, les deux fondatrices de la première SlutWalk de Toronto, au Canada, ont utilisé en 2011 cette expression afin d’expliquer la démarche des SlutWalks : « we are tired of being oppressed by slut-shaming ; of being judged by our sexuality and feeling unsafe as a result », « nous sommes fatiguées d’être oppressées par le slut-shaming ; d’être jugées sur notre sexualité et par conséquent nous sentir en danger ».

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En 2012, aux États-Unis, les propos de l’animateur de radio conservateur Rush Limbaugh vis-à-vis de l’étudiante en droit Sandra Fluke ont suscité l’indignation de personnalités et féministes américaines. Le 29 février 2012, l’étudiante réclamait le remboursement de la contraception par les assurances-santé. L’animateur l’avait alors qualifiée de « salope » et de « prostituée » lors de son émission.

C’est précisément la médiatisation de cette affaire, y compris en France, qui a permis de mettre à jour ce phénomène des insultes visant la sexualité des femmes et donc le slut-shaming.

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