Les carassins synthétisent de l’alcool ?

Les carassins synthétisent de l'alcool_poisson-rouge_wp

Sans oxygène, la plupart des vertébrés meurent en quelques minutes car ils ne peuvent pas répondre aux besoins en énergie cellulaire avec le métabolisme anaérobie. Mais pas les poissons du genre Carassius (carassin), les carpes crucifères (carpes communes) et les poissons rouges. Ces deux espèces ont développé un système métabolique spécialisé leur permettant de survivre de longues périodes, 5 à 6 mois, sans oxygène, en produisant de l’éthanol comme produit final métabolique.

Des chercheurs européens ont découvert de quelle manière ce phénomène est réalisable. Leurs résultats ont été publiés le 11 août 2017 sur le site Scientific Reports.

Ces poissons sont en effet capables de transformer l’acide lactique, sorte de déchet qui se forme dans les tissus lorsque les cellules manquent d’oxygène, en éthanol et de l’évacuer par la suite dans l’eau via leurs branchies. Ce processus évite alors l’accumulation d’acide lactique dans les muscles allant jusqu’à l’empoisonnement. Ce système alternatif permet non seulement la transformation de l’acide lactique afin d’éviter donc à ces poissons de s’empoisonner, mais aussi la survie durant plusieurs mois sans respirer.

Les carassins synthétisent de l'alcool_carassin-commun-carpe-à-la-lune_wp

Cathrine Fagernes, l’un des auteurs de l’étude, a expliqué au magazine Sciences et Avenir : « Ces animaux utilisent le même mécanisme que les autres vertébrés pour respirer, celui qui requiert de l’oxygène. Cependant, sans oxygène, ils doivent produire de l’énergie autrement pour survivre. Alors au lieu de produire de l’acide lactique à la fin du processus métabolique, ils produisent de l’alcool […] ils diminuent, voire même stoppent certains processus qui consomment de l’énergie, comme par exemple la vision. » Par conséquent, même si ces poissons obtiennent moins d’énergie que lors de la respiration, ils restent en vie.

Ce procédé est possible grâce à la duplication d’une portion du génome codant pour une enzyme, appelée pyruvate déshydrogénase. Au cours de l’évolution, certaines copies de cette portion ont muté afin de coder une autre enzyme, la pyruvate décarboxylase. Cette dernière spécialisée dans la fermentation alcoolique permet de synthétiser l’éthanol.

Ces carassins ont d’ailleurs une alcoolémie très élevée en absence d’oxygène, comme l’a spécifié le Docteur Michael Berenbrink, un autre auteur de l’étude : « Durant la période où elles évoluent dans les eaux sans dioxygène des étangs recouverts de glace – ce qui peut durer plusieurs mois dans le nord de l’Europe – l’alcoolémie des carpes à la lune peut atteindre plus de 50 mg par 100 millilitres, ce qui est au-dessus de la limite autorisée pour conduire dans ces pays ».

Les carassins synthétisent de l'alcool_poisson-rouge-cyprin-doré_wp

Au moins, ces poissons ne tuent personne sur les routes avec ou sans permis et avec ou sans points…

Publicités