Venezuela : le Président Nicolás Maduro victime d’un attentat ?

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Une explosion est survenue lors du discours du Président vénézuélien Nicolás Maduro ce samedi 4 août à Caracas qu’il tenait à l’occasion de la célébration du 81e anniversaire de la Garde Nationale Bolivarienne (GNB) sur l’avenue Bolívar à Caracas.

Le Président, sa femme Flores Cilia et le haut commandement militaire du Venezuela ont été évacués d’urgence après l’apparition d’au moins une explosion que le gouvernement a attribuée à des présumés drones chargés d’explosifs qui ont survolé la région.

Des images diffusées en direct sur la chaîne de télévision du pays ont montré le Président et sa délégation sursauter en regardant le ciel, tandis qu’une déflagration faisait vibrer la caméra qui filmait la scène. Les membres de la sécurité du Président ont immédiatement déployé des écrans pare-balles devant lui pour le faire sortir. Sur des images suivantes, se voyaient des soldats présents rompre les rangs et se disperser en courant sur l’avenue.

Une autre vidéo diffusée par la chaîne de télévision généraliste vénézuélienne à vocation pan-latino-américaine TeleSur a été filmée où s’apercevait un drone exploser en vol.

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Selon les autorités vénézuéliennes, il s’agirait d’un attentat à l’encontre du chef de l’État commis par le biais de 2 drones de type Matrice 600, du constructeur chinois DJI, chargé chacun d’un kilo de C4. Le ministre de l’Intérieur et de la Justice Néstor Reverol a déclaré ce 5 août que ces drones chargés de la quantité de ce puissant explosif auraient pu « faire des dégâts dans un rayon de 50 mètres ». Il a aussi affirmé que l’un des drones survolait la tribune présidentielle et avait été parasité par un système de brouillage pour alors aller exploser « hors du périmètre prévu ». Quant au second drone, il se serait perdu pour partir exploser contre un bâtiment situé proche du lieu de la cérémonie, a-t-il ajouté. Une photo prise par l’AFP a révélé un immeuble près l’endroit sur lequel l’une des parties basses de la façade était noircie par ce qui semblerait avoir été une explosion.

La première version officielle a été établie par le ministre de la Communication et ancien Vice-président de la République bolivarienne du Venezuela pendant le gouvernement de l’ex-président de la République Hugo Chávez, Jorge Rodríguez. Il a fait état de 7 militaires blessés et hospitalisés à la suite de l’attentat présumé. Un cliché du photographe argentin Marco Salgado a montré l’un d’entre eux, la tête ensanglantée, quitter les lieux aider de ses camarades. Il a aussi déclaré que « c’était une attaque frustrante contre le président et son cabinet », en ajoutant au sujet des explosions : « Exactement à 5h41 de l’après-midi, il a été rapporté que les enquêtes avaient déjà clairement établi qu’elles correspondaient à des engins volants type drone, plusieurs appareils volants, contenant une charge explosive qui a explosé à proximité de la tribune présidentielle et dans certains zones du défilé. »

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Une mystérieuse revendication, baptisée « Opération Phénix »*, a été publiée sur le compte Twitter du groupe rebelle « Soldados de Franelas » (soldats de flanelle), créé en mars 2014, qui serait composé de civils et de militaires : « L’opération visait à faire voler deux drones chargés de C4. La cible était la tribune présidentielle, mais des snipers ont abattu les drones avant qu’ils ne puissent l’atteindre. Nous avons montré qu’ils sont vulnérables. Ils n’ont pas été atteints aujourd’hui, mais ce n’est qu’une question de temps ». Un communiqué a été également transmis à la journaliste vénézuélienne Patricia Poleo qui en a fait lecture sur la chaîne YouTube « Fatores de poder ». Une partie de celui-ci a justifié  : « Nous ne pouvons pas tolérer que la population soit affamée, que les malades n’aient pas de médicaments, que la monnaie n’ait plus de valeur, que le système éducatif n’enseigne plus rien et ne fasse qu’endoctriner avec le communisme, que la sécurité des personnes ne soit plus qu’un souvenir lointain, que les droits humains continuent à être violés, que les structures de l’état soient utilisées pour des opérations de narcotrafic et de terrorisme international, que l’impunité règne sur la justice, que la volonté populaire ne soit pas respectée, que des millions de vénézuéliens soient obligés de quitter le pays, et enfin que le pays soit prisonnier… »

*l’Opération Phénix fait référence est l’une des actions du même nom menée contre les FARC de la force aérienne colombienne en Équateur en 2010 par Juan Manuel Santos.

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6 arrestations ont alors eu lieu, a ainsi annoncé le ministre de l’Intérieur et de la Justice : « Nous avons jusqu’à présent six terroristes et tueurs à gages arrêtés, plusieurs véhicules saisis, des perquisitions ont eu lieu dans divers hôtels de la capitale, où des preuves accablantes ont été découvertes […] les exécutants et les planificateurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays ont été entièrement identifiés […] d’autres arrestations ne sont pas exclues dans les prochaines heures ». Mais aussi, d’après celui-ci, l’un des interpellés était déjà sous le coup d’un mandat d’arrêt pour une attaque « terroriste » le 6 août 2017 d’une base militaire à Valencia, capitale de l’État de Carabobo, à l’ouest de Caracas.

Les autorités vénézuéliennes ont de même affirmé que les appareils ont été abattus par des tireurs d’élite. Dans un entretien télévisé de 2 heures après son discours, le Président vénézuélien a directement accusé le Président colombien Juan Manuel Santos d’avoir commanditer l’attentat en vue de le tuer. « Ils ont tenté de m’assassiner aujourd’hui […] Le nom de Juan Manuel Santos est à l’origine de cette attaque », a-t-il déclaré du palais de Miraflores en faisant référence à plusieurs reprises à « l’extrême droite » colombienne et vénézuélienne, ainsi qu’en évoquant des « financiers » non identifiés qui résideraient aux États-Unis. Il a également réaffirmé l’arrestation de plusieurs suspects et que « toutes les preuves » étaient déjà entre les mains des forces de sécurité. Il a de même promis « justice et punition maximale » pour les responsables et a dit : « Oublie le pardon ! » Une accusation sans précédent, même dans l’hostilité verbale ouverte entre les deux gouvernements.

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À Bogotá, capitale de la Colombie, ce même 4 août, un communiqué de presse paru sur le site du gouvernement colombien a informé : « Le ministère des Affaires étrangères, au nom du gouvernement colombien, rejette catégoriquement les accusations portées contre le président de la Colombie, Juan Manuel Santos, par le président du Venezuela, Nicolás Maduro. Les accusations selon lesquelles le dirigeant colombien serait responsable de l’attaque présumée contre le président vénézuélien sont absurdes et manquent de tout fondement. Il est déjà d’usage que le dirigeant vénézuélien blâme de manière permanente la Colombie pour tout type de situation. Nous exigeons le respect du président Juan Manuel Santos, du gouvernement et du peuple colombien. »

Le conseiller à la sécurité nationale du Président américain Donald Trump, John Bolton, a déclaré : « Je peux dire catégoriquement qu’il n’y a eu absolument aucune participation du gouvernement américain là-dedans ».

Le 5 août au matin, le gouvernement espagnol a réagi à son tour sur l’évènement, avec prudence. Le ministère des Affaires étrangères a exprimé la « ferme condamnation » de la part du Président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, en soulignant que la crise au Venezuela « demande une sortie pacifique, démocratique et négociée entre les Vénézuéliens. Cette sortie doit avoir comme « éléments fondamentaux » le retour aux institutions démocratiques, le respect des droits de l’Homme, la libération des prisonniers politiques et l’attention aux besoins urgents de la population. »

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Concernant proprement l’attentat, des doutes ont été émis, comme l’a suggéré le journal vénézuélien EL Nacional : « Ce n’est pas la première fois que le président Maduro dénonce une attaque contre lui et n’a toujours pas présenté de preuves à l’appui de ses accusations. Malgré les images télévisées, beaucoup ont exprimé des doutes quant à l’attaque présumée. Le scepticisme est expliqué en partie parce que la diffusion officielle de l’événement ne voit aucun drone, et plusieurs médias ont également recueilli des déclarations de personnes présentes à la commémoration qui ont déclaré ne pas avoir vu d’objets de ce type. L’opposition vénézuélienne était également sceptique quant aux versions officielles. « Il reste à voir si c’était vraiment une attaque, un accident fortuit ou l’une des autres versions qui circulent sur les réseaux sociaux », a déclaré le Frente Amplio Venezuela Libre dans un communiqué », une plate-forme rassemblant les opposants au gouvernement socialiste au-delà des partis politiques.

L’agence Associated Press a également corroboré ces doutes en affirmant que plusieurs pompiers présents sur les lieux avaient contredit la version du gouvernement au sujet de l’explosion présumée du second drone. Selon elle, 3 agents ont déclaré de façon anonyme qu’il s’agissait en fait d’une explosion d’une bouteille de gaz dans un appartement voisin.

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Et dans le quotidien généraliste payant espagnol El País, un officier militaire présent à la commémoration a également fait part de son scepticisme à l’égard de la version officielle sur la manière dont ont été abattus les drones, car il n’a entendu aucun coup de feu. La version officielle affirmant donc que les forces de sécurités ont tiré sur un drone « n’est pas crédible ». Mais également, selon cet officier qui a témoigné, aussi sous le couvert de l’anonymat, auprès du journal, armer ou tirer sur un drone en mouvement avec un fusil est presque impossible. « De plus s’il en est équipé, il n’explose pas. L’explosif reste stable. Vous avez besoin d’une dispersion d’arme idéale avec contrôle de tir. Si vous tirez sur le drone, il tombe, mais n’explose pas. C’était une explosion comme avec un mortier de 81 mm (le projectile de l’infanterie traditionnelle). Hauteur de 20 mètres. Sans éclats d’obus… si j’avais reçu des éclats, j’aurais eu des égratignures », a-t-il expliqué, tout en excluant l’idée d’une simulation.

Les responsables des forces armées nationales bolivariennes ont confisqué le matériel d’enregistrement, les vidéos de la chaîne de télévision numérique privée VivoPlay, qui a couvert l’évènement.

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Et le syndicat national des travailleurs de la presse vénézuélien a informé ignorer après l’incident où étaient les journalistes de communication et de télévision du pays, Neidy Freytes, César Díaz et Alfred Valera. « Ils ont été portés disparus après que la GNB les a approchés sur l’avenue Bolívar et les a empêchés de diffuser », a-t-il assuré.

Enfin, l’incident s’est produit dans un contexte social et politique tendu. Au Venezuela, tous les voyants économiques sont au rouge depuis des années. L’inflation pourrait bien atteindre 1 000 000 % fin 2018, selon le Fonds Monétaire International (FMI), et le PIB devrait s’effondrer de 18 %. Allié du Président Maduro, Cuba a ainsi exprimé son « entière solidarité » au président vénézuélien face à cette « tentative d’attentat ». La Russie, l’Iran, le Nicaragua et la Turquie ont également condamné cette action. Les Européens sont restés silencieux ou prudents, comme donc Madrid, qui a parlé de « faits violents » en réprouvant « tout type de violence à des fins politiques ».

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