Égypte : « Je dis que quand une fille marche comme ça, c’est un devoir patriotique de la harceler sexuellement et un devoir national de la violer »

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À l’image de ces anciennes armoiries qui étaient présentes sur le drapeau égyptien (par ordre croissant dans cet article, 1914-1922, 1922-1953, 1953-1958, 1958-1972, 1972-1984), voici les propos désuets, surtout très scandaleux, qu’a tenu l’avocat Nabil al-Wahsh le 19 octobre 2017 sur le plateau de télévision de la chaîne égyptienne Al Assima.

Relayées sur le site du quotidien généraliste britannique The Independent, entre autres, les remarques de cet avocat ont non seulement suscité une véritable fureur dans le pays, mais aussi l’indignation du Conseil national égyptien pour les femmes qui a annoncé son intention de déposer une plainte contre celui-ci et la chaîne de télévision.

Alors qu’il était invité à débattre au sujet d’un projet de loi sur la prostitution, l’avocat a exprimé que l’agression sexuelle d’une fille qui se promène en pantalon déchiré ou troué laissant apparaître ses cuisses ou ses fesses est un devoir national et son viol, un devoir communautaire.

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Il déclara ainsi : « Êtes-vous heureux quand vous voyez une fille qui marche dans la rue en montrant la moitié de son derrière ? » Puis il ajouta : « Je dis que quand une fille marche comme ça, c’est un devoir patriotique de la harceler sexuellement et un devoir national de la violer ».

Devant les réactions vives des autres invités condamnant ses calomnies, il argumenta : « une femme ainsi vêtue n’a qu’à sauver son honneur dont elle est la seule responsable ». Inutile de préciser le déchaînement encore plus vif qui se fit sur le plateau de l’émission.

Avocat conservateur éminent, Nabil al-Wahsh, n’est pas à son premier coup médiatique. Très souvent invité par les chaînes de télévision égyptiennes, dont Al Assima et LTC, il est coutumier de ce genre de faits. Il avait notamment insulté à plusieurs reprises la femme écrivain Nawal El Saadaoui en la traitant d’être « une mécréante et un agent aux services de l’État sioniste ». Il s’en était également pris à l’acteur Adel Imam en le taxant de « clown de pouvoir », à la comédienne Nadia Aljoundi et à la chanteuse Haifa Wahbi de « diffuser la nudité et l’immoralité au sein de la société musulmane ».

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On se souvient surtout de sa violence mémorable en 2016 à l’encontre du Cheikh Mustafa Mohamed Rached. Ce grand théoricien conteste le port du hijab pour les femmes comme devoir religieux. Il insinue une manipulation de la part des savants du monde musulman à ce sujet en les incriminant de mettre de côté le contexte des versets coraniques afin de les interpréter selon leurs propres convictions. Ce débat qui se déroula donc à propos du port obligatoire ou non du hijab sur le plateau de la chaîne de télévision LTC se termina en pugilat. Une discussion houleuse fusa entre les deux hommes. L’avocat frappa alors le religieux avec sa chaussure. Ils finirent tous deux par s’affronter dans la zone de débat, brisant un panneau de verre et devant être séparés par l’équipe du studio.

En novembre 2017, au cours d’un autre débat télévisé, parmi les questions que lui posa l’un des invités, le journaliste Nabil Sharaf Eldin du quotidien arabe Al-Ahram, à celles sur son antisémitisme, l’avocat l’affirma : « Évidemment que je le suis ! Je suis fier d’être antisémite. Je le dis haut et fort. Je suis antisémite. […] Que cela soit enregistré ! Au diable Israël… l’entité sioniste. […] Vous et l’Europe ne me faites pas peur. Ne me menacez pas. Si j’aperçois un Israélien, quel qu’il soit, je le tue. Assez ! C’est mieux que ces choses dont vous parlez. […] Monsieur, j’appelle à [les] tuer. Je tuerai personnellement tout Israélien sur lequel mes yeux se poseront. » Il a de même qualifié l’Holocauste d’ « imaginaire ».

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Ainsi, en réponse à l’intervention de l’avocat lors du débat de ce 19 octobre 2017, un communiqué le Conseil national égyptien pour les femmes a indiqué : « Tous les membres du conseil dénoncent cette déclaration qui encourage explicitement le viol et le harcèlement sexuel ». Il a aussi sollicité les médias de s’abstenir d’offrir l’opportunité aux personnes qui usent de discours incendiaires incitant à la violence contre les femmes.

Quant à Maya Morsi, chef du conseil, elle a dénoncé de tels commentaires constituant une violation certaine de la constitution égyptienne qui tente par des efforts explicites de sauvegarder les droits des femmes. Pour elle, les propos de l’avocat est « un appel flagrant au viol des femmes […] une promotion de la culture du viol ».

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Enfin, il est à rappeler que le viol est l’un des crimes les plus répandus en Égypte. 200 000 femmes au moins par an en seraient victimes. Il aura fallu le soulèvement de 2011 et la vague d’agressions sexuelles durant des rassemblements contestataires sur les grandes places de la capitale pour que cette situation retienne une attention médiatique. En 2014, les agressions sexuelles sont enfin pénalisées par la loi.

Selon le rapport Understanding Masculinities de l’ONG Promundo, publié en mai dernier, 60 % des Égyptiennes ont subi une agression sexuelle, verbale ou physique, dans l’espace public pouvant aller jusqu’au viol. Et 80 % des Égyptiens, hommes et femmes confondus, estiment qu’une femme « s’habillant de manière provocante mérite d’être harcelée ».

Il y a quelques mois de cela, le magazine Forbes mettait en lumière une enquête révélant que la ville du Caire est à la première place du classement des villes les plus dangereuses pour les femmes.

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