Le cœur n’est pas du matin

Le coeur n'est pas du matin_wp

Des chercheurs français ont étudié l’horloge biologique des cellules cardiaques afin de déterminer la meilleure période de la journée pour effectuer une opération de cœur.

Le résultat est que comme nous le cœur n’est pas matinal. Cette étude a été publiée dans le journal The Lancet.

L’équipe lilloise des Professeurs David Montaigne et Bart Staels (Institut Pasteur de Lille, CHU de Lille, Université de Lille et Inserm) ont ainsi étudié la tolérance du cœur à une perte d’oxygénation, l’ischémie (diminution de l’apport sanguin artériel à un organe), en fonction du rythme moléculaire circadien des cellules qui le compose.

Les cellules cardiaques ont leur propre horloge biologique qui influe sur leur activité et leur résistance. En observant de près ce cycle biologique cellulaire rythmant les périodes de 24 heures, cette équipe est parvenue à établir que les cellules cardiaques résistaient davantage à une ischémie l’après-midi que le matin. Cette découverte se base notamment sur les travaux, récompensés d’ailleurs cette année par le prix Nobel de médecine, qui avaient démontré dans les années 1980 que le métabolisme des être vivants se fonde sur des horloges internes, spécifiquement les mécanismes moléculaires qui règlent le rythme circadien, ainsi rythme biologique dont la période est d’environ 24 heures.

Le coeur n'est pas du matin_schéma_wp

Lors d’un infarctus, un caillot sanguin bouche une artère en empêchant le sang chargé en oxygène d’irriguer une partie du cœur. Cette privation cause la souffrance des cellules présentes dans cette zone puis leur nécrose si la circulation sanguine n’est pas rétablie vite. Accidentelle et éventuellement mortelle dans ce cas-là, une ischémie peut être aussi provoquée pour le bon déroulement d’une intervention chirurgicale cardiaque, pontage coronarien, remplacement d’une valve, transplantation, etc. Il est donc indispensable d’interrompre temporairement l’irrigation dans une partie du muscle cardiaque, le myocarde. Et ce que les chercheurs ont démontré est que les cellules du cœur supportent mieux cette ischémie dans l’après-midi. Ainsi une opération pratiquée le matin présente plus de risques de complications post-chirurgicales.

Pour aboutir à cette conclusion, les scientifiques ont pu constater deux éléments. Chez la souris, la protéine Rev-Erba liée aux gènes de l’horloge biologique se trouve en quantité plus importante le matin. Et l’observation sur 500 jours de 596 patients opérés à cœur ouvert au CHU de Lille, dont la moitié a été opérée le matin et l’autre moitié l’après-midi, entre janvier 2009 et décembre 2015 a révélé que les patients opérés l’après-midi ont eu deux fois moins de risque de souffrir de complications post-opératoires, soit 9,4 % contre 18,1 %.

Cela étant, bien qu’il ne soit pas encore d’actualité de supprimer toute programmation d’opération matinale, les chercheurs ont tenu à spécifier l’intérêt d’une telle découverte. Elle devra non seulement être prise en compte dans la planification des opérations et des transplantations cardiaques dans le futur, mais également l’identification des processus moléculaires impliqués dans la résistance du cœur à l’ischémie pourrait ouvrir des pistes thérapeutiques nouvelles contre les accidents cardio-vasculaires.

Publicités