Vive la solidarité féminine !

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Le samedi soir, 30 septembre dernier, Sandrine Rousseau, ancienne secrétaire nationale adjointe d’Europe Écologie – Les Verts, était invitée dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché sur la chaîne télévisée France 2 pour présenter son livre « Parler », dans lequel elle raconte son harcèlement sexuel, ayant été jusqu’à l’agression, qu’elle a subi de la part de Denis Baupin, ancien député de la 10e circonscription de Paris, et dans lequel elle invite aussi les femmes victimes de ces violences à briser la loi du silence.

Alors qu’elle précisait que le parti d’Europe Écologie – Les Verts « a mis en place une cellule de lutte contre le harcèlement, contre les violences ; il y a des référents. Les personnes peuvent appeler des personnes qui ont été formées pour accueillir la parole », la chroniqueuse de l’émission, Christine Angot, l’a alors interrompue avec antipathie en lui rétorquant : « Formées pour accueillir la parole, mais qu’est-ce que j’entends ? Arrêtez de dire des choses comme ça ! […] Non mais moi attendez, je retourne dans ma loge. Là, ce n’est pas possible. Moi, je ne peux pas entendre des trucs pareils. » Elle a ajouté par la suite que personne ne pouvait entendre ni aider la femme victime de ces violences, c’était comme ça, il fallait se faire une raison, la femme devait se débrouiller seule et c’était son problème, pas celui des autres. Elle a continué de l’interrompre à diverses interventions de sa part. En résumé, elle a parlé plus que l’invitée.

De son côté, un autre chroniqueur, Yann Moix, qui a de même abusé de la parole, a été jusqu’à dire à Sandrine Rousseau, qui n’a pas écrit le livre et qui ne s’en est jamais cachée non plus, que cet ouvrage ressemblait plus à un discours politique qu’à un témoignage. Sandrine Rousseau, en pleurs, la gorge serrée et semblant être dans un mauvais rêve, a tenté de se défendre en lui répondant : « Je ne peux pas l’entendre. J’ai écrit mon histoire ! […] Je ne peux pas entendre que j’ai un discours là-dessus. Je suis désolée mais vous n’imaginez pas la violence de ce que vous dites ».

Les téléspectateurs ont ainsi assisté à une véritable incompréhension de la souffrance de Sandrine Rousseau de la part de ces chroniqueurs. Le plus inouï est ce profond manque d’empathie et de solidarité venant de Christine Angot. Cette dernière a toutefois sorti son livre témoignage « L’inceste » en 1999, dans lequel elle raconte pourtant cette douloureuse expérience qu’elle a vécue. Et lors de son passage la même année dans l’émission Tout le monde en parle, présentée par Thierry Ardisson, elle s’est retrouvée dans une situation similaire, des invités et un public qui ont ri de son histoire en se moquant de manière plus que déplacée d’un mauvais jeu de mots.

Le plus inadmissible. Les téléspectateurs ont su plus tard qu’au cours de cette émission du 30 septembre dernier la chroniqueuse avait quitté à un moment donné le plateau en balançant ses fiches, huée par le public. Un témoin, présent lors de cet enregistrement a d’ailleurs rapporté ce fait auprès du Huffington Post : « Christine Angot a quitté le plateau en balançant ses fiches. Elle était en total désaccord avec l’invitée, expliquant que les agressions sexuelles devaient se régler en soi, qu’une femme doit pouvoir se débrouiller toute seule. »

La chaîne de télévision s’est bien gardée de montrer ce passage. En revanche, elle n’a pas hésité à conserver au montage la séquence de Sandrine Rousseau en larmes obligée de se justifier devant des chroniqueurs indifférents.

Après cette terrible séquence du face à face entre Sandrine Rousseau et Christine Angot, de nombreux internautes ont vite pris la défense de l’ancienne élue en qualifiant cette scène « inacceptable et répugnante ». Certains ont même estimé le comportement des deux chroniqueurs comme « honteux » et d’autres ont été jusqu’à considérer le choix délibéré de la chaîne de télévision de sélectionner les passages à montrer de « naufrage télévisuel ».

Enfin, bien qu’il soit apparu à l’évidence, pour avoir regarder ce passage de l’émission, que la chroniqueuse pense que la parole ne soulage pas la souffrance, on ne traite pas dans une émission de plus ou moins grande écoute un ou une invitée de la sorte.

On n’est pas tous égaux envers la souffrance. On ne peut pas juger ce qui peut soulager ou pas. Chacun réagit par rapport à son caractère. On ne peut pas comprendre si l’on n’a pas été confronté à une telle situation.

Et pour conclure définitivement, lorsque l’on assiste à ce genre de réaction vis-à-vis de la souffrance, de femme à femme, l’on se dit vraiment que nos combats pour être respecté en tant que femme ont encore un bien long parcours devant eux avant d’aboutir à un meilleur pour nous…