« L’homme qui répare les femmes – La colère d’Hippocrate »

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À nouveau un article au sujet du gynécologue congolais le Docteur Denis Mukwege, car je ne pouvais pas passer à côté de cet hommage qui lui fut enfin rendu à travers un film documentaire mettant plus en lumière son formidable combat.

Depuis plus de 15 ans, à l’hôpital de Panzi, situé à Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), qu’il a fondé en 1998, le Docteur Mukwege soigne gratuitement les femmes, les filles et les enfants, victimes de barbaries sexuelles tant sur le plan physique que psychique et leur offre une entière prise en charge autant sur le plan économique que juridique.

D’abord interdit au Congo et finalement autorisé en janvier dernier, ce film « L’homme qui répare les femmes – La colère d’Hippocrate » réalisé par Thierry Michel et la journaliste Colette Braeckman est arrivé dans les salles de cinéma françaises le mercredi 17 février.

Ce documentaire retrace ainsi le long combat du Dr Denis Mukwege qui sauve ces femmes, ces filles et ces enfants victimes de violences sexuelles, dont la destruction volontaire et planifiée de leurs organes génitaux, mais aussi l’histoire de cette partie du pays troublée et instable.

C’est après sa thèse en pédiatrie à l’université du Burundi qu’il fut touché par ces femmes meurtries qui avaient besoin de soins qu’elles ne pouvaient recevoir à cause du manque d’obstétriciens et qu’il décida de devenir gynécologue. Parti étudier à Angers, il commença à exercer en France.

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En 1989, malgré son travail bien rémunéré, il retourna au Congo à l’hôpital de Lemera où il devint le médecin directeur. En 1996, au cours de la Première Guerre du Congo, l’hôpital fut la cible de massacres sans précédent, des malades furent exécutés dans leur lit, des infirmiers sauvagement assassinés et le Docteur Mukwege s’en sortit de justesse. Il se réfugia à Nairobi. Bien que certains se laissent à penser que cette tragédie qui reste encore gravée dans l’esprit du médecin fut l’élément déclencheur de son combat, il en est un autre ; lorsqu’il réalisa qu’il commençait à soigner les enfants nés du viol, eux-mêmes victimes de viol. Il se mit alors peu à peu à en parler. En 1998, il fonda ainsi l’hôpital de Panzi qui recueillit plus de 50 000 victimes de violences sexuelles.

En 2008, alors qu’il recevait le prix des droits de l’Homme des Nations Unies, il prononça un discours fort devant les sièges vides des représentants de la République Démocratique du Congo. En 2012, de nouveau convié à l’ONU, il dut se taire face aux menaces du ministre congolais de la Santé. À son retour, le 25 octobre, tandis qu’il se dirigeait vers sa maison en plein centre de Bukavu, le gardien de sa maison et ami fut abattu à bout portant après l’avoir alerté d’un danger. Sa voiture fut incendiée et il fut ensuite ligoté. Grâce à l’aide des gens du quartier, il fut sauvé. Il partit alors en exil en Belgique avec sa famille afin de la protéger. Quelques mois plus tard, il revint au Congo.

En octobre 2014, lors d’un interview donné à un magazine hebdomadaire avant de recevoir son prix Sakharov, il rappela que le viol est utilisé comme arme de guerre depuis plus de 20 ans dans son pays.

Parce que les conflits ethniques qui ont fait rage au début des années 90 au Rwanda ont traversé les frontières en amenant avec eux leur lot d’horreur. Plus d’un million de Hutus ayant fui le Rwanda pour se réfugier dans l’Est du Congo ont continué à être pourchassés par les Tutsis jusqu’ici. Les conflits ethniques ont alors perduré en entraînant l’ex-Zaïre dans une véritable guerre civile. Entre les groupes armés qui prolifèrent et les milices qui sèment la terreur, les femmes ont été et sont encore les premières cibles, puisqu’elles représentent la perpétuation de l’ethnie. Les violences sexuelles à l’encontre de ces femmes et ces filles, très jeunes, n’étant même parfois que des bébés, sont devenues une « stratégie de terreur » afin d’annihiler toute une communauté.

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En outre, la corruption qui sévit et l’inaction du pouvoir en place sont aussi des freins pour mettre un terme à la situation du pays tant au niveau de ces conflits ethniques dont les femmes demeurent les victimes qu’au niveau économique. Tout en poursuivant son travail auprès de ces femmes, il tente aujourd’hui de faire entendre davantage sa voix pour que d’une part la justice soit rendue à ces femmes et d’autre part que des solutions concrètes soient trouvées aux nombreux problèmes que connaît le pays, non seulement afin que le pays cesse d’être dévalisé de ses richesses minières, mais aussi afin que les hommes se sentent plus concernés et prennent enfin part à ce combat.

Enfin, ce documentaire montre au travers des témoignages bouleversants de ces femmes meurtries physiquement et moralement, exclues après ce drame, qu’elles reprennent goût à la vie grâce au travail admirable de l’équipe de l’hôpital.

Diffusé aux Nations Unies, au Parlement européen, au Congrès américain, « L’homme qui répare les femmes » pourrait amorcer un changement et amener davantage d’implication, comme le conclut Thierry Michel : « De plus en plus de chirurgiens, d’infirmières, de psychologues, de juristes se rendent en RDC pour contribuer à l’initiative du docteur Mukwege. […] Même parmi les femmes agressées, l’action du médecin a fait son chemin. […] Le cas d’Alphonsine est merveilleux. Elle a appris à lire et à écrire à l’hôpital et veut maintenant devenir médecin. »

Il ne nous reste plus donc qu’à espérer que ce documentaire bouscule les mentalités, voire peut-être même dérange afin que la terrible situation de ces femmes congolaises trouve définitivement son happy end…

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2 commentaires sur « « L’homme qui répare les femmes – La colère d’Hippocrate » »

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