Claire Nevin

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Cette Irlandaise de 23 ans a choisi de se battre pour la dépénalisation de l’IVG dans son pays. Activiste depuis plus de 2 ans dans l’association ROSA (Reproductive Rights against Oppression, Sexism and Austerity), elle a voulu faire connaître sa lutte en France pour éveiller les consciences en Europe.

Bien qu’en France, le droit de l’avortement soit acquis depuis 1975, il ne l’est pas de nombreux pays, notamment parmi nos voisins européens où dans certaines régions de l’Irlande celui-ci est interdit. Fait d’ailleurs surprenant au vu de la récente adoption du mariage gay, mais pourtant bien réel.

Dans ces zones de l’Irlande, mettre un terme à une grossesse, même en cas de viol ou de malformation du fœtus, n’est pas envisageable, sauf si la vie de la mère est en danger. Et afin d’éviter une peine de 14 années d’emprisonnement punissant le recours à l’IVG, plus de 4 000 femmes par an vont en Angleterre. Situation rocambolesque dans le pays contre laquelle beaucoup de militants se battent aux côtés de Claire Nevin.

Diplômée, à seulement 23 ans, d’un Master en Droit de l’Homme, Claire Nevin est dans ce combat depuis 2013, année de la fondation de l’association ROSA, qu’elle a rejoint à cette même date. Aujourd’hui, elle s’est donnée pour mission de révéler sa cause en Europe afin que ce sujet devienne prioritaire dans la zone et dans son pays.

Tout à commencé, à l’âge de 18 ans, lors de sa venue à Dublin pour ses études, lorsqu’elle s’est intéressée de près à cette question et aux droits des femmes dans son pays, mais c’est en 2012, étudiante alors à Paris, que le déclic s’est réellement produit. La cause fut Savita Halappanavar, une jeune femme d’origine indienne décédée d’une septicémie dans un hôpital irlandais après lui avoir refusé l’avortement. Enceinte de 17 semaines, elle avait été admise pour des douleurs lombaires. Les médecins lui diagnostiquèrent une fausse couche qui aurait été fatale pour le futur bébé, mais lui refusèrent l’avortement sous prétexte que le cœur du fœtus battait toujours. À la suite de cet évènement, une vague d’indignation s’empara du pays et de l’Europe. Et c’est celui-ci qui incita Claire Nevin à rejoindre l’association ROSA en 2013 et à devenir activiste.

Depuis son engagement, elle poursuit le combat par le biais de ses études, puisqu’en 2014 lorsqu’elle est partie à Venise réaliser son Master en Droit de l’Homme, elle choisit en thème de mémoire le droit de l’avortement en Irlande, tout en militant sur le terrain avec des manifestations.

Aujourd’hui, elle a décidé d’adopter des stratégies plus astucieuses en faisant appel aux autres pays européens où l’avortement est autorisé afin d’informer leurs ressortissantes et en mettant ainsi l’Irlande face au problème.

Elle commença par la France en rencontrant Olivier Cadic, sénateur des Français établis hors de France, puis en octobre 2015 en rencontrant Chantal Jouanno, présidente de la délégation des droits des femmes, afin de mettre en place un plan d’informations pour les personnes voulant se rendre en Irlande ; ainsi dans les conseils aux voyageurs présents sur le site des affaires étrangères, des renseignements au sujet du droit à l’avortement s’y trouveront pour prévenir les femmes qui souhaiteraient s’y rendre.

Une tactique que Claire Nevin et l’association ROSA veulent exploiter plus en avant afin de sensibiliser davantage de pays européens. Et Claire Nevin pourra d’ailleurs compter sur le soutien d’Amnesty International qu’elle a également rencontrée lors de sa visite à Paris. Le but présent est de cosigner des lettres ouvertes avec d’autres associations irlandaises pour la dépénalisation de l’avortement fournissant les informations à leurs ressortissants.

Un autre souhait pour Claire Nevin est que cette coalition d’organisations envoie d’autres courriers à tous les partis politiques irlandais en les obligeant à déclarer ouvertement et clairement leur position vis-à-vis de l’avortement pour la prochaine campagne électorale qui débute cette année, car le sujet demeure un véritable tabou.

Or, en plus des politiques peu nombreux à toucher à ce sujet très sensible de l’avortement, deux autres soucis majeurs se rencontrent en Irlande. Le premier concerne les femmes elles-mêmes qui ont un sentiment de peur et le second est la forte emprise de l’Église catholique sur la société qui envoie beaucoup de messages négatifs par rapport à certains domaines, notamment sur l’avortement, en créant ainsi un sentiment de honte chez les femmes, et cela dès l’école. Claire Nevin a déclaré d’ailleurs : « Quand j’avais 16 ans, mes cours d’éducation sexuelle étaient dispensés par mon professeur de religion. Nous n’avions donc que l’approche catholique. J’ai 23 ans donc il n’y a pas très longtemps que j’ai vécu cela. L’Église nous a dit qu’on ne devait pas utiliser de préservatifs, que l’avortement était un meurtre, que le sexe en dehors du mariage est un péché. Certaines femmes sont très marquées par cela et ne peuvent pas s’en défaire. Ça reste dans les mentalités. » Procédé qui pourrait alors expliquer la raison pour laquelle de nombreuses jeunes filles soient encore contre l’avortement.

Cependant, il semblerait que la société irlandaise tendrait à évoluer suite aux nombreuses déclarations de femmes ayant eu recours à l’IVG, comme celle de la comédienne irlandaise Tara Flynn qui a déclaré publiquement avoir avorté, aux multiples témoignages venant s’ajouter aux innombrables faits divers faisant la Une de l’actualité, tel que celui de Savita Halappanavar ou celui d’une femme enceinte de son troisième enfant, morte d’une cause naturelle, artificiellement maintenue en vie en raison du cœur du fœtus qui battait encore. Et tout doucement, une véritable prise de conscience commencerait à se produire.

De récents sondages montrent qu’une majorité d’Irlandais serait pour la dépénalisation de l’avortement. Néanmoins, un long chemin reste à être parcouru comme l’a ainsi exprimé Claire Nevin : « C’est l’après qui sera difficile. Quelle législation mettra-t-on en place ? Ce sera ça la vraie lutte. J’ai peur qu’après la dépénalisation, on mette en place une loi avec un droit qui ne sera finalement pas accessible. » Le combat est donc bien loin d’être terminé.

Pour conclure, un baume au cœur que nous offre cette incroyable combattante. Comme il est apaisant de constater que la relève est assurée par la jeunesse, une véritable féministe, pour la défense des droits de la femme, du droit de disposer de notre corps à notre guise.

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