La chasse aux sorcières

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Aujourd’hui, invoquer la « sorcellerie » pourrait soit nous ramener à l’époque de l’obscurantisme s’apparentant au Moyen Âge, soit nous évoquer des séries de télévision avec un sourire en coin.

Or, la sorcellerie n’est pas à prendre à la légère dans certaines contrées du monde. C’est tristement le cas en Tanzanie où cette pratique est combattue par le gouvernement et par ses habitants, mais pour des raisons différentes et surtout avec des méthodes encore plus distinctives.

Alors que les autorités tanzaniennes ont lancé récemment une campagne interdisant la sorcellerie afin de mettre fin aux enlèvements, aux meurtres et au trafic d’organes des albinos du pays, considérés comme possédant d’étranges vertus, telles la chance et la richesse, plusieurs ONG locales ont dénoncé une véritable chasse aux sorcières qui sévit dans le pays faisant des centaines de morts chaque année ; pas moins de 765 meurtres de femmes, lynchées pour avoir prétendument jeté un sort sur une personne ou un animal, ont été recensés pour l’année 2013. Mais ce chiffre serait loin du compte réel. Paul Mikongoti du Centre juridique et des droits de l’Homme a déclaré à l’Agence France-Presse : « Ce nombre énorme de personnes tuées ne compte que les cas signalés. Il y a tellement de cas, que nous ne pouvons avoir un nombre exact. »

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Dans le pays, 93% de la population croient à la magie. Ces crimes ont souvent lieu dans des villages reculés et sur une population âgée. En 2012, 4 femmes âgées dans la région de Mwanza, au nord, ont été injustement accusées de sorcellerie suite à la mort d’un enfant tué par une hyène, elles auraient jeté un sort sur l’animal. Les villageois les ont massacrées puis brûlées. Sufia Shadrack, la fille de l’une des victimes a raconté : « Ils lui ont coupé les mains à la machette. Puis ils ont pris du bois, des matelas, une plaque de tôle et les ont brûlées, comme vous cuiriez du poisson ou de la viande. » Plus récemment, le 10 octobre 2014, sept femmes, dont cinq d’entre elles étaient âgées de plus de 60 ans, ont été brûlées vives par une foule de villageois dans le village de Murufuti, à environ 1200 km à l’ouest de Dar es Salaam, la capitale économique de la Tanzanie, pour les mêmes calomnies.

Mais, bien au-delà de la croyance, les raisons qui motivent les auteurs de ces meurtres se veulent être davantage crapuleuses, car en mourant, ces présumées sorcières laissent derrières elles des biens que leurs proches peuvent hériter. Flavian Bifandimu de l’ONG Helpage, défendant les droits des personnes âgées, explique : « Traditionnellement, les hommes aiment dominer (…) mais quand une femme commence à être un peu récalcitrante, ils pensent que le seul moyen d’obtenir certains biens, que ce soit des vaches ou une ferme, est de dire que cette femme est une sorcière. Cela justifie sa mort et alors automatiquement l’homme s’empare du bien. C’est aussi simple que ça. »

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Et il apparaît que les autorités ne semblent pas s’en préoccuper, puisque les assassins ne sont que très rarement punis. Ainsi, l’une des survivantes, attaquée à la machette durant la nuit par les hommes de son village et laissée pour morte, doit aujourd’hui coudoyer ses agresseurs tous les jours. Les associations espèrent que cette indifférence change et rapidement.

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