La stratégie des fricoteurs ?

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Les intitulés des articles ainsi que leur ordre d’apparition, bien que « l’apparition » ne relève ici certainement pas du miracle, diffèrent selon ces maisons d’édition.

L’intitulé : « objet du contrat » est aussi parfois nommé : « généralités » ou « concession ». Là, pas de souci ! Quoique… Le terme « concession » donne un peu l’impression de lire son testament ou un acte notarié pour sa future demeure au cimetière ou, si notre esprit se veut davantage conquérant, sa nouvelle acquisition d’un territoire ou d’un pays !

« La durée du contrat » conserve son appellation, en général, et varie de dix-huit mois à trois ans, mais dont son renouvellement est systématique ; à l’auteur, de veiller à la date butoir de son contrat s’il ne souhaite pas le renouveler et d’en faire état par l’envoi d’un courrier en accusé-réception à l’éditeur stipulant son vœu de non-renouvellement. Quant aux éditeurs, certains indiquent en « gras » qu’il ne s’agit absolument pas d’un contrat d’exclusivité sur l’ouvrage. Heureusement qu’ils l’indiquent !

« Les droits et obligations de l’auteur et de l’éditeur » sont définis quelquefois en deux articles, tels « la conservation des droits d’auteur » et « l’engagement de l’éditeur sur l’exploitation de l’ouvrage » et respectent convenablement la loi en la matière. Concernant, la remise du texte, des corrections, les caractéristiques techniques, etc. Rien à signaler.

Mais après, ça se gâte !

Les articles : « présentation, tirage, mise en vente et prix de l’ouvrage », intitulé strictement à l’identique, au mot, à la virgule près, sur chaque contrat et les articles : « délai de fabrication », « publication » et « diffusion », possèdent un contenu d’une clairvoyance opaque, d’où la notion du clair-obscur prend ici toute sa valeur !

Ainsi, l’article : « Présentation, tirage, mise en vente et prix de l’ouvrage », intitulé, donc identique, présent sur chaque contrat, est loin de l’être dans son composé.

Pour la présentation, chaque maison d’édition indique le format, la qualité de la couverture et du papier, l’épaisseur de ce dernier… en fonction de ses critères. Rien n’est choquant en cela.

Or, dans un des contrats, la phrase suivante pose un souci de taille : « L’ouvrage pourra comprendre entre 100 et 500 pages maximum (…) » Pourra ? Entre 100 et 500 pages ? C’est à dire ? Surprise ! 101 pages avec la chance contre soi ou une taille de police qui obligerait le lecteur à se munir d’une loupe ! Ou bien 499 pages avec de l’aubaine ou une présentation de l’ouvrage avec de grands espaces entre chaque paragraphe et chapitre qui inviteraient le lecteur à voyager dans le grand désert blanc du pôle sud ! Il suffirait en plus que l’ouvrage traite d’un sujet sombre pour transformer le voyage en un véritable chemin de croix et le lecteur en dépressif chronique avec une grosse grippe en prime !

Dans un autre des contrats, l’article « mise en vente » : « La date de mise en vente sera choisie par l’éditeur, l’éditeur en informera l’auteur sur sa demande. Elle aura lieu dans un délai de cinq mois, à dater de la remise par l’auteur des éléments complets permettant de débuter le processus de fabrication. » Alors, là ? La date de mise en vente sera choisie par l’éditeur ? Mais, quand ? Et l’auteur n’aura connaissance de cette date que, seulement si, il en fait la demande ! Le délai des cinq mois, à compter de la remise complète des éléments pour « débuter le processus de fabrication » ? Donc, cinq mois pour fabriquer un livre ? Entre la fin du « processus de fabrication », à croire qu’il s’agirait de la construction d’une nouvelle fusée sophistiquée, et la mise en vente, combien de temps ? Heureusement que le livre est en papier !

Dans un autre contrat, toujours relatif à l’article « mise en vente » : « Les dates de mises en vente seront choisies par l’éditeur en tenant compte de l’intérêt commun des parties. (…) » Mais quel intérêt commun ? Le sien ? Le mien ? Parce que le mien est très simple : « Maintenant ! » Et pourquoi « les dates » ? Son intention serait-elle de diffuser mon livre en plusieurs parties, dont chaque partie serait proposée à la vente une année après l’autre à une date précise ? Ainsi, pour laisser le lecteur en haleine dans l’attente de la suite ? Un peu comme une série à suspense ? Si tel serait le cas, je choisis la période de Noël ! Ce serait un carton ; Noël, ça marche du tonnerre !

Dans un autre contrat, concernant « le prix de vente de l’ouvrage » : « Le prix de vente TTC du livre par exemplaire sera de 15 euros (à préciser) » A préciser ? La suite de l’article est encore mieux, sachant que celui ou celle qui a rédigé la phrase qui va suivre a pris la peine de souligner la première partie : « L’éditeur (…) versera à l’auteur 80% des bénéfices issu de la vente HT », puis poursuit : « (soit la déduction faite sur le prix HT du livre, de la marge du distributeur et du diffuseur 21% et du libraire entre 33 et 39%) » Ce qui veut dire… bah… je ne sais pas ! En comparaison, cela reviendrait à dire de la part d’un employeur qui ferait signer un contrat de travail à un employé : « Monsieur, Madame ou Mademoiselle X, votre salaire mensuel sera de 80% des bénéfices de l’entreprise ! » De la même façon, s’agissant de la marge du libraire qui oscille entre 33 et 39%, la question est : « Quelle est la marge réelle ? »

Mieux encore, dans un autre contrat, dans l’article « prix de vente » : « Le prix de vente public des exemplaires du premier tirage est fixé à la signature du BAT (bon à tirer) (…) Le prix de vente des volumes est déterminé par l’éditeur et pourra être modifié par celui-ci lors des tirages éventuels en fonction de la conjoncture économique. » Ah ! Cette satanée conjoncture économique ! Et oui ! C’est la crise ! Mais ici ! C’est plutôt la crise de larmes ou de rires ; à ce niveau-là, je ne sais plus trop, d’ailleurs, si je dois en rire ou en pleurer ! Et le prix de vente fixé à la signature du bon à tirer ? Je me demande quoi est à tirer ? Qui plus est, autant faire signer un chèque en blanc à l’auteur !

Dans un autre des contrats, à propos du « délai de fabrication », l’article mentionne : « le tirage de l’ouvrage sera de 250 exemplaires destinés à la diffusion en librairie. L’auteur reste propriétaire du stock. » Dernière phrase à nouveau soulignée ! Mais, quel stock reste à l’auteur, si les 250 exemplaires sont destinés à la diffusion ? Il s’ensuit : « Le prestataire fournit 5 exemplaires imprimés à l’auteur, et lui propose d’autres à un prix préférentiel avec remise de 70% sur le prix de vente. Ces exemplaires sont imprimés en plus du premier tirage (…) Ces exemplaires doivent être commandés avant la première impression du livre, et l’auteur percevra seul les bénéfices issus de leur vente. » Quelle générosité ! A ce tarif-ci, j’ai intérêt à endosser de suite mon costume de colporteur et m’activer à faire du porte-à-porte pour vendre mes livres et percevoir, toute seule, comme une grande, les bénéfices issus de « ma » vente !

En aparté, je constate le jonglage de la conjugaison entre le futur et le présent dans l’ensemble des contrats : « sera », « doivent », etc.

Quoi qu’il en soit, à la lecture de cela, et au présent, je suis ma première acheteuse ! Je suis sûre au moins de vendre un livre ! A qui ? A moi ! Mais, quand même, j’ai une remise de 70% ! Vive les soldes ! Vive les ventes privées ! Dommage qu’une superbe paire d’escarpins ne me soit offerte à mon 250ème exemplaire vendu !

Dans un autre contrat, concernant le délai de fabrication : « La maquette de l’ouvrage sera réalisée dans un délai de trois mois courant à partir de la date de signature du présent contrat. » Youpi ! Encore au futur ! Et seulement une maquette ! Et trois mois pour une maquette ? Je conçois que je ne sois pas le seul auteur qui demande à être publié, mais tout de même… Mon neveu de sept ans qui construit diverses maquettes aurait le temps d’en finir cinquante avant que la maquette de mon livre soit prête à l’impression ! Parce qu’ici, l’impression finale du livre avant sa mise en place sur le marché n’est pas encore à cette phase ! C’est pire que l’élaboration d’un futur vaccin révolutionnaire !

Dans un contrat différent, au sujet de la « publication », l’article stipule : « A la sortie du livre de l’imprimerie, l’éditeur procèdera aux formalités légales de publication en effectuant le dépôt légal de l’ouvrage à la Bibliothèque nationale. » Mais quand ? Encore un mystère !

Désappointée, et complètement perdue, je fais une pause.